Je n'en peux plus, d'elle. Je ne la supporte plus, je ne supporte plus sa gueule le matin, le midi sa gueule m'énerve et le soir, devinez quoi... Il suffit qu'elle soit dans mon champ de vision pour que mon humeur passe de changeante à stablement mauvaise. Elle est toujours dans mes pattes et elle n'est jamais pas là quand il faut. J'en ai marre, marre qu'elle ne fasse pas d'effort. Et je la trouve pitoyable quand elle en fait. C'est compliqué d'écarter les jambes à intervalles trimestriels réguliers ?
Mais n'allez pas croire que j'ai de la haine, juste que je n'ai plus d'amour. J'ai envie qu'on en finisse, même s'il y a longtemps qu'on en a fini avec ce qu'on voulait continuer. On se croise à longueur d'ennui, on s'évite toute la journée. Et pourtant on fait semblant de ne pas tricher. Faux semblant. Au pire on se querelle, au mieux on s'engueule. Tel le crapaud en rut, on cohabite. C'est ma colloque. Et en plus c'est moi qui l'aie choisie.
Pour des tas de raisons.
Car de l'amour, y'en a eu. Fort, longtemps. On aura mis plus de temps à détruire qu'à construire. On en aura traversé, des épreuves. On en a plein les albums photos, on a des cadres sur la cheminée. Notre enfant, le ciment du couple. Le bâtisseur de murs... Biologiquement ce n'était pas possible, alors c'est ensemble qu'on a terrassé l'adversité et qu'on a eu notre fille. Même s'il faut bien avouer que j'ai du déployer de l'optimisme pour deux et que s'il n'avait fallu compter que sur son seul défaitisme on aurait rapidement déposé les larmes.
Je ne regrette rien, j'ai tout vécu passionnément, j'ai tout fait pour resserrer nos liens encore et encore. Le bondage des sentiments. Mais là je n'en peux plus du tout, j'ai envie de souffler et de me rappeler à la vie. Et puis surtout, j'ai enfin osé m'avouer cette évidence que je pressentais depuis longtemps : je préfère les hommes. Comme tout le monde, j'ai essayé quand j'étais jeune et j'en garde un très bon souvenir, mais je pensais que ce n'était pas pour moi. Il est incongru de jeter des clous sur son propre chemin : votre vraie nature finit toujours par vous rattraper un jour ou l'autre, et vous regrettez alors d'avoir perdu votre temps. Mais ce coup ci c'est terminé, basta, j'arrête. Je vais seulement lui annoncer que je la quitte, ce sera déjà suffisamment éprouvant pour elle. J'attendrai un peu pour sortir du placard et lui avouer que je suis hétérosexuelle.