Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Qui Ça?

  • : Stipe se laisse pousser le blog
  • Stipe se laisse pousser le blog
  • : Je m'étais juré sur la tête du premier venu que jamais, ô grand jamais je n'aurais mon propre blog. Dont acte. Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser des commentaires dithyrambiques ou sinon je tue un petit animal mignon.
  • Contact

La cour des innocents

La Cour des Innocents - couv - vignette

Dates à venir

- samedi 2 août, en dédicace à la Librairie Montaigne (Bergerac) de 10h à 12h

- samedi 30 août, en dédicace à la Librairie du Hérisson (Egreville)

- dimanche 9 novembre, en dédicace au Grand Angle dans le cadre du salon Livres à Vous de Voiron.

25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 16:16

 

 

 

"Bon sang, que la montagne est belle !
- Demain on prendra le funiculaire et on ira manger une crêpe à la pizzéria.
- Oh, Pif !
- Attends, bouge pas, j'ai le funiculaire qui veut se pendre à ta crémaillère.
- Oh, Pif !"
Elle était retournée devant moi, debout sur le balcon, et j'étais dans la position du colonel qui fait passer le sous-off en grade. J'avais quasiment fini de poinçonner mon ticket du soir quand en face, de la Butte, je vis s'élever des signaux de fumée. Un court, un long, deux courts, un long, un court, deux longs. En fait il fallait lire un court, deux longs, deux courts, un long, un court, un long, mais Poireau est nul en orthographe. "Sale affaire qui pue. Stop. Vous attendons au commissariat. Stop. Waouhh, comme elle a l'air bonnasse la blonde ! Stop."
C'était Poireau, mais il a une mauvaise vue.
"Referme la fenêtre, baby, qu'on chauffe pas les rues pour rien.
- Oh, Pif !"
J'abandonnai la meuf à son presqu'orgasme balconesque et dévalai les marches quatre à quatre parce que j'avais glissé. Direction le rez-de-chaussée. Les affaires reprenaient et il pleuvait. Des coups à sentir Lechien mouillé, si vous m'autorisez à déconner.

Le fait est là, je suis l'inspecteur Pif Lechien. Et avec mon pif, j'ai du chien. Si vous m'accordez cette valse des mots. Je suis spécialisé dans la résoudation de sales affaires, principalement avec cadavres en décomposition. Ça tombe bien, la reconstitution c'est mon dada, comme disait le shérif Omar. Poireau c'est mon porte-flingue, Hercule c'est son prénom. Comme le mec du BTP et ses 12 chantiers. Seul lui peut m'empêcher pendant les horaires de coït au balcon. Je suis un maître pour lui, et pas seulement hiérarchiquement. Ce serait tellement facile de le soupçonner de jalousie que je ne m'en prive pas.
Avec lui on a connu des sales affaires. Et même des moches. Alors c'est un peu comme le fils que je n'ai pas eu parce que je n'ai pas voulu garder l'enfant, mais à l'époque le préservatif était un truc rigolo qu'on se foutait sur la tête pour déconner. Et c'était drôle, on avait l'impression d'aller à la piscine, sauf que les seuls champignons qu'on chopait, c'était sous les pieds à cause des pédiluves. Une autre époque.
Du coup, Hercule Poireau est au nombre de mes amis Facebook, même si ça fait pédé d'avoir des amis de sexe mâle. Il m'a envoyé un fax par mail, vu que j'ai pas la télé. A sa manière de commencer son message par "Chef, j'ai un truc à vous dire…", j'ai tout de suite senti qu'il avait un truc à me dire. C'est que Poireau, je le connais comme les cinq doigts de la main droite : y'a celui pour coller les timbres, celui pour gratter une trace de peinture sur la rambarde, celui pour dire "PSG on t'encule", celui qui sert à rien, et le rikiki. Et inversement sur l'autre main. Alors autant vous le dire tout cru : ses messages, il suffit que je les lise pour savoir ce qu'il a écrit. Et là, ce qu'il avait à me dire, c'était du pas joli-joli. On avait retrouvé un arabe en train de pas prier en pleine rue. Déjà, c'est pas peu. Mais le pompon sur le gâteau, c'est que cet arabe là, c'était pas le premier épicier venu. C'était Zidine Zinédane. L'arabe que tous les français aiment, alors même qu'il est plus riche qu'eux. L'émir public numéro 10.

Ce qu'il faut savoir, c'est que le pays observe une recrudescence de barbus (dont certaines voilées) qui prient dans la rue. C'est sans précédent, disent les journalistes. C'est pas très catholaïque, disent les politiciens. De toute façon les journalistes et les politiciens c'est tous des juifs, disent mes voisins portugais, mais du nord. Le fait est qu'on ne peut plus faire un pas sans foutre le pied dans un arabe qui prie. Pour vous dire, l'autre jour mon beau-frère n'a même pas réussi à se garer, il a dû faire trois fois le tour du pâté de maison pour trouver une place. Au final il a réussi à faire un créneau entre une mosquée et un imam, mais il est quand même arrivé en retard pour l'apéro. Alors tous ces arabes qui passent leur temps à pas manger de jambon, c'est à se demander si on est bien dans le pays de la salaison ou dans celui du pinard, oui ou merde ? Et de savoir qu'on avait attrapé Zidine Zinédane en flagrant délit de pas prier, ça m'a collé des auréoles à la chemise. Un truc à vous faire douter des déodorants à stick large. Alors je vous le dis les yeux dans les bleus, quand j'ai appris ça j'ai sauté dans mon maillot de l'Equipe de France, celui que je mets pour dormir, et j'ai accouru à toutes jambes au volant de ma voiture de service avec appuie-tête de fonction et rétro de courtoisie réglable sur deux positions, et tout un tas d'autres toutims d'options que je connais pas toutes, y'a un bouton un jour j'ai appuyé dessus et ça n'a rien fait alors j'ai rappuyé dessus et ça a éteint ce que j'avais allumé, mais je sais pas quoi. Dans l'autoradio de type auto-reverse (ça veut dire qu'il fonctionne même quand l'auto fait des tonneaux), j'ai mis LA cassette. Celle sur laquelle j'ai enregistré I Will Survive en boucle, et du coup ça la joue ad vitam et ratatam, c'est un truc à vous foutre des auréoles dans les chaussettes et à faire chuter l'action Mennen.

Quand je suis arrivé à bon porc, j'ai trouvé Poireau qui était planté là, mais c'est la saison.
"Salut Poireau.
- Puissance et Respect, ô Chef vénéré. Que le soleil se cache dans l'ombre de votre Magnificence et de Navarre, ô vous, Inspecteur Divisionnaire du Commissariat de Pontault-Combault et plus si affinités."
Puis il me tendit un café noir et sans sucre, ainsi qu'un nuage de lait, un sucre et une touillette, car c'est comme ça que je le prends.
"Ah la pute, ça brûle", j'ai gueulé. Et Poireau s'est immolé par le lait et s'est planté une touillette dans l'œil, en signe de repentance.
Johnny Guitare, le tripier-légiste de service, s'est pointé vers moi en portant un bol de ricoré avec une paille, car c'est comme ça qu'il le prend. Des flammes sortaient du bol.
"Sale affaire, Lechien…
- Ouais, la machine à café doit être déglinguée.
- Un technicien doit passer dans la matinée.
- L'autre jour elle m'a avalé une pièce de un euro.
- Les méfaits du capitalisme !"
Je soupçonne Guitare d'être de gauche. Mais comment lui en vouloir, il a fait des études…
D'après  ses premières analyses, nous avions affaire à une urine qui sentait le thym et le romarin.
"Un pipi de français, crut bon-t-il de me préciser.
- Même pas un résidu de sang de mouton ou de barrette de shit ?
- Rien d'autre, à part quelques miettes de pain et des croûtes de fromage.
- Putains de français qui viennent nous faire chier jusque dans leurs urines…"
Guitare a acquiescé poliment puis s'est brûlé le larynx au troisième degré Fahrenheit. Et il est reparti vaquer dans le lavabo, en chantant l'Internationale en bolchévique.

Poireau revint se porter à ma hauteur, grâce à ses talonnettes. A sa façon de me tourner autour du pot en dessinant des cœurs imaginaires dans l'herbe avec la pointe de son pied, j'ai compris qu'il avait un truc pas très musulman à m'annoncer.
"Qu'est-ce qui y'a, j'ai demandé, t'as bigorné le Laguna ?
- Non, mais c'est Zinédane…
- Vous n'avez pas réussi à l'arrêter ?
- Ben non, puisqu'il s'est rendu de lui-même…
- Ah le salaud !
- Mais c'est pas tout. Il a dit qu'il n'avouerait que si on le passait à tabac avec des brûlures de cigarette…
- Ah le putain de salaud !
- … et en zone non-fumeur.
- Ah le petit enculé de putain de salaud !
- Mais faut non comprendre, chef ! On est humains . On a craqué, on l'avoue, on l'a appréhendé gentiment.
- C'est normal, Poireau. Je vous couvrirai en haut lieu et jurerai sur la Torah que vous l'avez violé.
- Merci, chef !
- Bon, et y'a moyen de le voir, maintenant ?
- Oui chef, il est là bas, en train de s'immoler par le thé à la menthe"

Zidine Zinédane. L'Amid Public numéro un. Celui qui a donné l'envie à des millions de français pourtant irréprochables, bien racistes sous tous rapports, d'apprécier les arabes et d'avouer que des fois y'en a des bien. Et voilà qu'il se tenait devant moi, à fuir mon regard. Avant qu'il ait le temps de ne pas tenter de s'échapper, je lui ai débité mon laïus.
"Ecoute Zinézou, je sais que tu es innocent. T'as beau donner un coup de boule à un pédé de rital, ça n'en fait pas de toi un sale arabe pour autant. Fallait y penser avant. C'est trop tard, maintenant, t'es un bon français. Tu seras jamais un bougnoule ou un barbu. Un "beur", tout au mieux. Un issu de l'immigration pour les plus extrémistes. T'es foutu, mec, t'es innocent.
- Mais non, c'est pas possible. Comment voulez-vous qu'on m'accepte si je suis un arabe gentil, honnête, talentueux ? Il en va de l'honneur de la France. Je suis coupable, arrêtez-moi !
- Tais-toi, sale français ! Et arrête tes salamalecoums ! Je les connais, les types de ton espèce. T'es de la race des grands, des vainqueurs. T'es même pas foutu de t'agenouiller dans la rue. T'as jamais dealé, jamais volé de mobylette. Tu respectes ta femme, tu manges du cochon. Y'a pas plus laïque que toi, espèce d'imposteur !
- Tabassez-moi, mettez-moi en prison. Je suis coupable d'être innocent, je mérite d'être déçu de ma nationalité française !
- J'aurais bien aimé, mec. Mais les preuves sont là. Les caméras de surveillance t'accablent. On te reconnaît sur les images, y'a aucun doute possible : c'est toi qui as marqué les deux buts dans la soirée du 12 juillet 1998 ! Aucun avocat, même le meilleur juif, ne pourrait persuader un jury du contraire. Alors n'oppose pas de résistance et ne cherche pas à t’enfuir. Le coin grouille de flics qui t'adulent. Si je te lâche parmi eux, ils vont te sauter dessus, te demander un autographe, te vénérer. Certains sont même prêts à t'embrasser. Ne cherche pas à résister, on t'aime, mec.
- Vous n'avez pas le droit ! J'exige de ne pas être jugé ! C'est mon droit d'arabe, je veux être condamné et lynché !

Il a fini par me pomper les grands airs, à nier de la sorte son innocence. Du coup je l'ai fait arrêter pour insubordination avec circonstances atténuantes contre lui. Je veille personnellement à ce qu'il purge sa peine jusqu'au bout. L'actualité nous a montré ses derniers temps qu'on a relâché trop d'innocents trop tôt. A peine remis en liberté, il se remettrait à être gentil, à pas prier, voire à devenir le parrain du Téléthon. Trente ans de taule devraient suffire à l'endurcir et à faire de lui un sale arabe. Ça me coûte, mais finalement c'est pour son bien que je fais ça. Et pour le bien de nous tous.
Comme dirait mon cousin, un militaire qui travaille pour la Marine, « un bon arabe est un arabe maure ».

 

Repost 0
6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 13:47

 

 

 

La vibrerie de mon téléphone sonna entre le sixième et le septième orgasme que j'étais en train d'administrer à l'élue du jour. Une auvergnate pure souche, rencontrée sur un site de fesses. Je lui en collai trois autres pour la route, histoire de rester dans mes moyennes, et tandis qu'elle reprenait son souffle sur la commode, j'allai consulter ma messagerie tactile sur mon tout nouveau bijou, quintescence de la technicité et du must-have : un téléphone portable. Le SMS disait en ces termes : "Allo ? allo ? … Chef, c'est Poireau. Excusez-moi de vous déranger pendant Columbo, mais je viens d'être averti d'une sale affaire. On a retrouvé Cocotte-Minute pendu dans son appartement. Je suis sur les lieux du drame, c'est aménagé coquet. J'aime pas vous dire ce que vous avez à faire, mais magnez-vous de vous activer la rondelle. Poireau. Hercule Poireau".
C'était Hercule Poireau, mon fidèle sbire en second depuis pas mal de temps. Son écriture saccadée trahissait l'angoisse, je pense pas me tromper en affirmant qu'on était en présence d'une sale affaire.

Je suis l'inspecteur Pif Lechien. Vous m'avez sûrement connu dans des aventures telles que celle-ci ou peut-être cette autre là. J'officie au commissariat de Pontault-Combault, où je suis spécialisé en résolution de sales affaires. Toni Wessmuller, plus connu sous le nom de Cocotte-Minute pour son mode de cuisson de l'ennemi, venait d'être retrouvé pendu, dans son appartement coquet de la rue où il habitait. J'aime pas bâcler le boulot, pourtant j'avais dû laisser ma pêche du jour allanguie sur son lit, dans un état d'ébaubissement et d'extase proche de la syncope. Mais je suis un homme de plusieurs marins. Enfin, c'est une expression, parce qu'en vrai les marins c'est pas mon truc. J'ai le mal de mer et je dégobille à chaque coup.
J'entrai dans un taxi, m'assis sur la banquette et hélai le chauffeur, de type féminin : "Taxi ! 115 rue de la Moquette. Et n'ayez pas peur d'avoir le pied lourd, je suis sur une sale affaire !". La chauffeuse me dévisagea dans le rétro, elle me trouva bel homme et me dit "En voiture Simone !". Puis elle s'engagea vivement sur la route, écrasant au passage un livreur de pizzas.
" Je m'appelle Simone, m'apprit-elle.
- Pas moi", j'lui répondis. Y'a un temps pour la bagatelle et un temps pour tout. Et là, le temps tournait à l'orage. Je lançai le menton vers les palmes accrochées au rétro, du 39.
" Vous êtes plongeuse ?
- Si c'était un arbre magique qui était accroché, vous m'auriez demandé si j'étais bûcheron ?", me répondit-elle en s'y reprenant à deux fois pour écrabouiller un handicapé sur le trottoir. Son impertinence tenait de la femme de caractère. Donc séduisante. Mais tout Pif Lechien que je suis, j'avais quand même une sale affaire sur les bras. Je ne l'honorai donc que deux fois. Une fois sur la banquette arrière, au feu rouge, et une fois sur le capot, au feu vert. Arrivés devant chez Toni, je réglai les seize euros de ma course en lui tendant un billet de vingt. Elle me rendit un billet de cinquante. Elle avait le sens des affaires.

J'entrai dans l'appartement meublé coquet de Wessmuller. Ca grouillait de flics, comme pour une sale affaire. Y'a des uniformes qui ne trompent pas. J'accrochai mon pardessus à la patère que m'offrait la rigidité cadavérique de Toni. Poireau vint à ma rencontre et m'offrit sa croupe en signe de soumission. Je lui rendis le salut hiérarchique, puis il me lut mes droits : j'avais le droit de résoudre l'affaire, de dépecer la victime de ses biens, de torturer les témoins dans le but de leur soutirer de faux aveux et de présumer coupable les innocents. Puis ce fût au tour de Johnny Guitare, le tripier-légiste de me livrer son compte-rendu:
"La victime est de type mâle, en atteste l'odeur de ses pieds. Agée de 7 à 68 ans. Sa mort remonte au 21eme siècle. Une carie sur la prémolaire inférieure droite.
- A-t-on retrouvé des traces de viol dans ses urines ?
- On a analysé son slip et la seule chose qu'on puisse affirmer c'est que c'est un taille patron et qu'il se lave à 40°.
- Bon sang, qu'est-ce que ça peut signifier, tout ça ?
- Pas grand-chose, c'est du H&M, ça taille petit.

Poireau revint avec deux cafés.
- C'est lequel le avec-sucre ?
- C'est celui avec une cuillère.
- Mais y'a une cuillère dans les deux tasses.
- Oui, parce que moi je le prends sans sucre mais avec une cuillère.
C'était vraiment une sale affaire. A vous filer des aigreurs d'estomac, mais faut dire que je suis pas habitué à boire du café sans sucre.
- On a des témoins ?
- Non, mais on a une personne qui a assisté à la scène.
- Et c'est pas un témoin ?
- Non, c'est le coupable.
Putain, j'avais un coupable sur les bras et pas de témoin. Ca s'annonçait coton-tige, cette affaire.
Poireau me conduisit auprès du coupable, puis prit son mercredi. En fait on était lundi mais comme y'avait frites à la cantine le mercredi et qu'il voulait aller au rab, c'est pour ça.
Jack Bauer m'attendait dans la chambre de Cocotte-Minute. Cet enculé de Jack Bauer. Je dis "cet enculé", n'y voyez aucune taquinerie de ma part, mais le fait est que pendant ses quatorze années de taule, il s'était forgé la réputation de prendre trois douches par jour et de s'y laver surtout les pieds, si vous voyez ce que je veux dire… (si vous ne voyez pas, ben il se faisait enculer dans les douches, y'a pas d'autres mots !). On dit que si y'a que le train qui lui est pas passé dessus, c'est parce que la prison est mal desservie par la SNCF.


Jack Bauer était l'ennemi juré craché de Toni Wessmuller. Pendant toutes leurs années de service, ils se sont tirés la bourre. Ils ont courtisé les mêmes femmes, tué les mêmes flics et braqué les mêmes banques. Bauer était assis à une table, avec devant lui deux plateaux de jeu du Pendu. Bauer avait les bleus, le plateau des rouges était face à lui. Celui de Bauer montrait un pendu, il avait donc gagné une partie, c'est la règle qui dicte ça.
- Salut, enculé de Jack Bauer
- Salut, enculé de Pif Lechien.
Il devait dire ça par taquinerie, car j'ai jamais fait de taule et personne ne sait que j'ai fait du foot dans ma jeunesse.
- Alors comme ça on joue au Pendu ?
- Ça s'peut…
- Et on tue son petit camarade jeu ?
- Possible…
Le danger avec Jack Bauer, c'est qu'il a réponse à tout. La joute verbale s'annonçait des plus tirées à quatre couteaux.
- Et on aurait pas envie d'en faire une contre son ami Pif Lechien ?
- Faut voir…
La tension était à son compte, je voyais les gars du labo qui n'en menaient pas large devant un tel étalage de répartie.
- Ah ouais ?
- Ben ouais…
- Ah ouais ouais ?
- Ben ouais ouais…
Proche de l'apoplexie, Poireau profita de son évanouissement pour tomber dans les pommes. Moi-même je sentais que je commençais à sentir de sous les bras.
- Je te laisse choisir, tu prends quelle couleur ?
- Bleu.
- Alors non, c'est moi qui choisis. Je prends le rouge.
- OK, mais on va jouer avec les mêmes règles que pour ton ami Cocotte-Minute. On doit chacun découvrir un mot de 5 lettres. Et celui qui finit pendu finira pendu. Tu joues ?
- Faut voir…
- Je te laisse choisir le thème. Allez, dis oui !!
- C'est tentant… Ok, alors le thème sera "une partie de Pendu entre Pif Lechien qui a les rouges et Jack Bauer qui a les bleus". T'es toujours partant ?
- Faut voir…
- Allez, dis oui !!
- Ok, c'est parti.
Jack Bauer plaça ses lettres sur son chevalet. Moi de même, mais sur le mien. C'est la règle.
Bon, je vous passe les détails de la partie, mais à un moment donné on était tous les deux à une mauvaise réponse d'être pendu. Ça s'annonçait comme une sale affaire. C'était à moi de jouer et j'avais déjà trouvé P _ _ D U
- Alors Lechien, t'as qu'à dire au Pif !, qu'il éclata de rire
- Euh…
Son rire se mua en grimace à la con et il retourna une lettre. P E _ D U. C'était désormais du gâteau, d'autant qu'il en était à B A _ E R et que j'avais triché dans le choix de mon mot, qui ne respectait pas vraiment le thème, mais il n'en saurait jamais rien vu qu'il allait mourir, cet enculé ! Il réfléchit du front puis :
- Est-ce …
Ah le petit enculé ! Il m'avait eu dans les grandes largesses et venait de sauver sa peau.
B A S E R.
- A toi, Lechien. T'as pas le droit à l'erreur, maintenant !
- Tu me prends pour une saucisse ? Je propose le N.
Il éclata de rire, tourna la roue jusqu'à faire découvrir le pendu puis dévoila sa dernière lettre.
P E R D U.
- Et bien Lechien, tu sais lire, tu sais donc ce qu'il te reste à faire !
Bon joueur, je m'avouai vaincu.
- Ok Bauer, tu as gagné. Je me… PAN !
La balle vint se loger entre le genou et les yeux. En plein dans le foie. Il s'écroula par terre, comme une vieille chaussette molle. Il avait cru me la faire à l'envers ? A moi, Pif Lechien ? Des clous, oui !!
Tandis qu'il se vidait de son sang, Poireau lui vidait les poches. Il lui piqua sa petite monnaie et étudia sa carte d'identité.
- Bon sang, chef, c'était Jack Bauer !, ne m'apprit-il pas.
- Je sais, Poireau. Depuis le début je sais.
- Mais… comment ?
- C'est mon métier, mecton. Un jour peut-être tu seras balèze toi aussi.
Poireau m'admira en long, en large et de travers. Je le laissai à ses émotions et partis rejoindre ma proie du jour. Elle m'attendait, nue et offerte. Je lui fis le coup du pendu sur lequel elle vint accrocher son vison. Et tandis que j'étais pendu à ses lèvres, elle me demanda soudain si j'en avais pas un peu marre de résoudre des sales affaires. J'achevai de la faire jouir et lui avouai, sur le ton de la confidence :
- Tu as raison, il m'arrive parfois de ressentir la routine, ces histoires se terminent toujours de la même façon.
Et alors que je touchais l'orgasme du doigt, elle poussa un hurlement de plaisir qui partit se perdre par delà les toits, dans la nuit étoilée de Pontault-Combault.
La routine.

 

 

 


 _____
 |  |
 |  o
 | /|\
 |  |
 | / \
 |   
------

 

 

 

Repost 0
24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 00:01


(première salve ici)


Casquette vissée à l'envers sur le crâne, un pépé s'avance vers moi d'un pas hésitant entre la timidité et la claudication. De loin, il semble en effet bien âgé. De près il paraît avoir le double d'âge de ses artères. Si ses yeux fonctionnent aussi bien que ses jambes, il risque d'être parfaitement inutile comme témoin oculaire. Et même si on lui met du collyre, après coup ça ne compte pas.
-  Bonjour Monsieur, je suis l'inspecteur Pif Lechien. Et comme inspecteur, j'ai du chien !
Je vous avouerais que des fois on galère un peu avec cette loi...
-  Wesh, qu'est-ce tu m'veux ?
-  Et la rime, vieil anar ! Vous l'avez aussi jetée aux canards ?
-  Mais j'm'en fous de la rime, Monsieur !  Et dépêche-toi de me dire ce que t'as à me dire ou je vais rater Lepers.
Ça s'annonce coton...
-  Monsieur, vous n'êtes pas sans savoir qu'un crime odieux a été commis. Et vous êtes la seule personne qui était présente au moment du délit.
-  C'est pas moi qu'aie tué le canard, j'le jure sur la tête de mon forfait Bouygres !! Je lui ai jeté une miette de pain sur la tête et il est mort d'un infarctus crânien, voilà tout Monsieur.
-  Mais non mais c'est pas ça du tout ! Je vous parle d'un vrai crime, un avec des flics partout.
-  Alors c'est qui qui a été tué ?
-  C'est la nature qu'on a assassinée. Et je compte sur vous pour m'aider à retrouver l'auteur de ce forfait.
-  Moi c'est un forfait Bouygres, comme auteur, voilà tout Monsieur...
-  MAIS JE TE PARLE PAS DE CA, BORDEL ! CONCENTRE-TOI !!
-  T'as pas rimé, là, Monsieur...
-  Oui bon... Reprenons. Avez-vous vu quelqu'un de type suspect ? Genre bizarroïde ou assimilé ?
-  Ben non, j'étais tout seul.
-  Ah ? Vous, et pas un chat ?
-  J'ai pas recensé tous les animaux de la forêt, non plus. Mais je le jure que j'ai vu personne d'autre.
C'est bien ce que je craignais : il a les yeux qui ne voient pas plus loin que ses jambes ne courent.
-  Et même avec du collyre, la vue ne saurait vous revenir ?
-  Mais non je me drogue pas, Monsieur. Promis !
-  Ecoutez, un acte sans nom a été commis en ces lieux : une canette de coca a été jetée sur le sentier sinueux.
-  Ben ouais, je sais. C'est moi.
-  ...
-  C'est moi qui l'aie jetée. J'ai bu un coca et puis j'ai fait giser la canette dans le cadre bucolique, voilà tout.
-  Mais enfin ! Mais faut super pas ! Vous savez que vous risquez une peine allant de la lecture de la Pléiade à la peine maximale de la culpabilisation publique ? Ton compte est bon, papi, tu vas bouffer de la nourriture bio jusqu'à la fin de ta vie, foi de Lechien !
-  Et la rime, elle est...
-  TA GUEULE !

Poireau me rejoint, il a le pantalon mouillé jusqu'aux genoux et des plumes partout dans les cheveux. Je lui dépose un baiser sur le front et lui ordonne de passer les menottes à l'ancien.
-  Bravo chef, vous êtes vraiment le plus fort. Une fois de plus vous vous érigez en ultime redresseur de torts.
-  Vois-tu Poireau, il est des lois qu'on peut trahir,
   Des crimes qu'on peut commettre, quitte à se faire haïr.
   On peut tuer, souiller, brûler, avilir, occire...
   Mais putain, qu'on respecte au moins le verbe "gésir".



Fin.
Repost 0
23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 00:01



L'objet gisait au milieu du sentier, parfaitement insolite dans ce cadre bucolique...
Les types du labo étaient déjà en train d'étaler leur poudre de perlimpinpin pour relever les empreintes. A mon arrivée ils se relevèrent pour me saluer et s'écartèrent pour mieux me laisser visualiser l'horreur de la scène : une canette de Coca narguait toutes les lois de la société en s'affichant fièrement vautrée au milieu de ce décor champêtre. Je détournai mes yeux de cette ignominie et regardai alentour. Il y avait un ruisseau qui courait au milieu des herbes sauvages, des fleurs dont une légère brise froissait les pétales, ici une famille de lapins gambadait et semblait profiter, insouciante, des rayons du soleil qui dardaient à travers les feuilles des arbres multi-centenaires. Le photographe de la Scientifique prenait des photos de l'arme du crime et des environs. Je lui fis un signe de tête approbatif et il introduisit précautionneusement la canette dans un sac hermétique qu'il tenait à bout de bras, cherchant à se tenir le plus éloigné possible de l'infâme objet. Au sol, l'humus était souillé d'une coulée sucrée et brunâtre. J'en avais assez vu pour le moment, je m'éloignai en réprimant un haut-le-cœur. C'était une sale affaire qui m'attendait là. Même une putain de sale affaire, comme on dit dans le métier.


Au fait, je me présente, je suis l'inspecteur Pif Lechien. Vous me connaissez sûrement  déjà, faut dire que je me suis fait un petit nom dans le cercle fermé de la résolution de sales affaires en tous genres. Mais c'était surtout à l'époque, ça. Au temps où l'on tuait pour de la dope, pour une bagnole, pour une histoire d'amour ou de hors-jeu. Et ce temps là est révolu. Les gouvernements se sont succédés et tous ont accentué l'esprit sécuritaire. Aujourd'hui, quand on se saisit d'un couteau pour étaler le beurre sur sa biscotte, la CIA est au courant. Il y a toujours des guerres, histoire de perpétuer la tradition, mais c'est sérieusement encadré, des arbitres surveillent tout ça avec une grande attention et on n'est autorisé à tirer sur un ennemi que si l'on a rempli le bon formulaire et qu'on a juré sur le Vidal qu'il n'y avait aucune mauvaise intention dans ce geste, mais seulement le besoin de tuer au nom d'une cause qui sera débattue plus tard par les chefs d'états. Du coup on en a oublié de défendre d'autres thèmes qui semblaient plus nobles : l'écologie, la santé, l'éducation, ... Les hommes sont devenus autodidactes, l'automédication a remplacé la médecine traditionnelle. Et depuis que le climat est définitivement bousillé, la conscience verte est devenue un sujet prioritaire.
C'est dans ce contexte tumultueux qu'un extrémiste a été élu à la tête de notre pays. Un contemplatif qui a instauré des règles drastiques en matière d'écologie. Même pisser contre un arbre est devenu passible de sanctions. Chaque citoyen est contraint d'aimer son prochain, et même celui d'après. Et personne n'y trouve à redire car chacun devine bien que c'est dans l'intérêt général. Pour ces mêmes raisons, nous sommes tenus de sentir des fleurs au moins cinq fois par jour, de déclamer quotidiennement deux alexandrins, de caresser un chat, d'aider un aveugle à traverser la rue, etc.
La vie est tellement plus belle ainsi, si vous saviez...

Tout cela n'empêche pas l'Homme d'être fou. Ainsi, il arrive parfois qu'un égaré jette un emballage plastique dans la poubelle classique ou ne daigne pas saluer son voisin. L'information est aussitôt relayée par satellite aux autorités et le contrevenant est condamné à une peine pouvant aller des travaux d'intérêt général (toilettage pour chien, aquarelle pour vieilles) à des peines plus graves comme l'isolement en hutte de paille. Mais jeter une canette de coca dans un cadre bucolique, cela relève du génocide et est puni comme un crime de guerre. C'est vous dire si c'est une sale affaire.


Hercule Poireau, mon fidèle assesseur, me rejoint. A son visage crispé, je devine qu'il est aussi affecté que moi par cette découverte. Nous nous embrassons, il m'offre un bouquet de fleurs.
-  Bonjour Inspecteur, vous voir me comble de bonheur.
-  Salut Poireau, vous êtes beau. Sale affaire, voyez-vous. Mettez nos meilleurs éléments sur le coup.
-  On a déjà fait venir un artiste de Paris. Un esthète, on lui a donné une heure pour exprimer sa poésie.
-  Comme vous êtes bon... Et quelles sont ses conclusions ?
-  Il a déjà rempli trois pages d'alexandrins et peint deux natures mortes au fusain. Son jugement est catégorique : on a bel et bien affaire à un cadre bucolique.
-  J'en étais sûr. Et concernant l'ordure ?
-  Il s'agit bien d'un objet gisant de type canette de coca. Et le relevé des empreintes digitales a révélé des traces de doigts.
-  L'Homme cessera-t-il d'être Homme lorsqu'il aura trouvé la raison ? Tiens, notez dans votre carnet à spirales cette réflexion. A-t-on des témoins ? Ou des gens qui ont vu la scène, même de loin ?
-  Il y avait seulement un vieillard. Il donnait à manger aux canards.
-  Bon, allez m'interroger les volatiles. Et envoyez-moi le sénile.
-  Derechef ! Chef ?
-  Pronto, Poireau ?
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
   Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
   Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
   Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits.


La petite loupiote de son bracelet électronique passe du rouge au vert et c'est un peu plus détendu qu'il s'éloigne vers la mare.



A suivre...




Repost 0
26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 10:52


Le rouge ne lui allait pas. C'est la première pensée qui m'a traversé l'esprit en trombe en découvrant Louis Galopin, dit Louis la Brocante, dans son costume anciennement blanc et baignant dans son sang. Faut voir ça, y'en avait partout du sol au plancher.
Je me rappelais quand j'étais gamin, dans Il était une fois la vie ils avaient dit que le corps humain contient environ six litres de sang. Six litres, ça en fait ! Ca fait quatre bouteilles d'eau, mais avec du sang à la place de l'eau. Et Louis la Brocante gisait dans une flaque de globules rouges et de globules blancs, devait y en avoir des milliards mais je me rappelle plus combien ils avaient dit, quand j'étais gamin.

Steeve Brutus (ça s'écrit Steeve mais ça se prononce Stive), le tripier-légiste, vint vers moi pour me livrer ses premières impressions.
-  Je viens vers vous pour vous livrer mes premières impressions.
Trop fort.
-  D'après mes premières constatations la victime est morte par strangulation d'un coup de couteau dans le bide.
Je dévisageai le ventre de La Brocante. Il avait effectivement un coup de poignard planté dans le bide entre les omoplates. Brutus continua à rapporter.
-  La victime portait un anneau de rideau autour de la tringle. A moins que ce ne soit une alliance autour du doigt. Ce qui laisse à penser qu'il était soit rideau, soit marié, l'autopsie nous le dira.
-  Est-ce qu'il a été violé ?
-  Non, il a été blanc puis rouge et ...
-  Non mais violé par un sexe de type contondant, veux-je dire ?
-  Nous allons mener une enquête sur sa jeunesse auprès de tous les camps scouts de la région.
-  Rien à ajouter ?
-  Non, rien... Ah si, vous avez oublié de vous présenter."

C'est vrai. Je m'appelle Djack Placid (ça s'écrit Djack mais ça se prononce pareil), je suis inspecteur à la criminelle du New-York Police District de Maubeuge. Je suis débutant, c'est ma première enquête policière, c'est pour ça que je n'ai pas encore l'habitude de me présenter dès le début de l'histoire.
Je viens tout juste d'avoir mon diplôme mais j'ai tubé un peu sur mon voisin. J'ai fait mon stage de fin d'études à la Gendarmerie de Saint-Tropez, à Chicago. J'ai eu une méga bonne note à ma soutenance. Faut dire que j'avais mis les grands moyens, malgré l'oxymore. J'ai imprimé mon rapport de stage sur une imprimante couleur. Et ouais ! Et j'ai mis une couverture semi-rigide plastifiée et transparente, et aussi une spirale en plastique. Et ouais ! Et je me suis pointé à ma soutenance avec les habits repassés et un slip propre. Et ouais ! Du coup, méga bonne note.
Ensuite j'ai envoyé des CV et des lettres de motivation, j'ai décroché deux entretiens dont un d'embauche. Pareil, je n'ai pas lésiné, j'ai mis les petits pieds dans le grand plat : imper, pipe à la main, une loupe dans l'autre, slip repassé et mocassins brossés.
Et me voilà ici, à côté de mon premier vrai cadavre à moi. Avec du sang partout, en plus, trop d'la chance. Y'a un collègue qui m'a raconté que lui pour son premier meurtre il a du enquêter sur une femme assommée par un saucisson sec, p'tain les boules. Du coup il a arrêté le charcutier du village histoire de dire, mais c'est la honte quand même. Moi j'ai du sang partout, au moins deux bouteilles, le mec il a pris un coup de poignard dans le bide, quoi, ça a quand même plus de gueule qu'un coup de saucisson derrière l'oreille et ...

-  Chef, chef, on a trouvé un bidule !
Ca c'est John-Johnny Muzo, mon fidèle sbire depuis la veille. Il est con comme un moule à flan, mais il est serviable. Enfin, j'espèrais...
-  Chef, on a commencé à farfouiller la chambre à la recherche d'indices. On a fouiné partout, même sous le lit et tout. On a trouvé zéro indice mais par contre...
-  Par contre ... ?
-  Par contre...
-  BON ACCOUCHE CONNARD !!!
-  Par contre, on n'a pas réussi à ouvrir le tiroir de la table de chevet.
-  Bon sang !! Le tiroir de la table de chevet ?
-  Tout comme je vous le dis. Fermé à clé ! Le tiroir de la table de chevet !
-  Bon sang, Muzo, qu'est-ce que ça signifie... Doit sûrement y avoir une explication...
-  Peut-être que si on retrouverait la clé pour l'ouvrir ça nous aidera ?
-  C'est possible, Muzo, c'est fortement possible. Fouillez-moi la maison, trouvez moi cette clé. Je pense que la clé du mystère est dans ce foutu tiroir de la table de chevet."

Les mecs se mirent à fourmiller en tout sens, ils déplaçaient des meubles, décollaient le papier peint, fouillaient dans les ampoules et éventraient la victime. Rien, aucune clé significative. Ca commençait à devenir une sale affaire...
Je sentais que les gars me cherchaient du regard, qu'ils attendaient le trait de génie de leur supérieur intellectuel. J'y suis allé au flan :
" Les mecs, faudrait trouver un pied de biche ou un bâton pour faire levier. Ou alors une épingle à nourrice pour trifouiller la serrure. Ou alors, ah oui ça c'est bien, ou alors une scie pour couper la table de chevet ! Hein, c'est bien ça !"
J'avais frappé fort et haut. Les mecs me contemplaient avec dans le regard le respect de l'inférieur pour ce qui se fait de mieux que lui.
Muzo revint du garage avec une scie à métal et entreprit la table de chevet. Je jubilais intérieurement de ne pas m'être laissé entraver l'enquête par un bout de ferraille.
Lorsque le meuble fût débité, je m'en approchai pour fouiller de moi-même le tiroir. Il était vide, à l'exception d'une présence, celle d'une clé. Voyant venir le truc gros comme une maison, je l'essayai aussitôt sur la serrure dudit putain de tiroir. Comme de par enchantement, le mécanisme répondit à la pelle. Le tiroir renfermait sa propre clé. Tu parles d'un indice à la con. Merci La Brocante, merci la vie !

Ma première enquête.
Dès le lendemain je consultai les offres d'emploi.

Je m'appelle Djack Placid, je suis cariste.


Repost 0
27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 21:56
RAPPEL HISTORIQUE


Janvier 2009. Alors que le Père Noël a remisé ses rennes, alors que les rois ont été tirés aussi, Stipe se surprend à trouver que dehors ça caille. Faut dire que dehors ça caille.
Un intriguant coup de fil l'appelle sur son téléphone. Qui celà peut-il bien être, si tôt dans l'année? Qui peut bien lui en vouloir au point de lui souhaiter ses meilleurs voeux? Combien de jours lui reste-t-il à vivre?
Il prend sa respiration et se jette allo. Un mystérieux inconnu, grimé avec une fausse moustache, une fausse perruque et des lunettes invisibles, lui laisse à peine le temps de procéder aux traditionnelles présentations d'usage et d'emblée lui colle la liste des contraintes, celles qu'il doit respecter pour l'écriture de la Nouvelle de l'Hiver 2009.
La belle affaire, tiens.

Prenez un papier, un crayon et notez ce qui suit sur votre clavier.



LES REGLES


Attention ! votre histoire (nouvelle, pièce en quatre actes, sonnet, pamphlet...) devra donc obligatoirement commencer par la phrase suivante :

>>>     Dans le square les arbres sont couchés.     <<<
  
Vous prendrez grand soin de caser de façon plus ou moins outrecuidante TOUS les mots suivants, dans l'ordre qui vous chantera :
 
* Crochet 
* Chevaucher
* Complication
* Dictionnaire
* Gondolé
* Hématome
* Imprudence
* Inopérant
* Onduler
* Pantelant
* Reblochon
* Vétérinaire
 
Et puis, tant que nous y sommes, les expressions suivantes :
  
* Les fondements sont sains
* A plates coutures
* Entre la poire et le fromage
* Les dés sont pipés
* On n'emmène pas des saucisses quand on va à Francfort
 
On peut conjuguer les verbes, mettre les noms et adjectifs au pluriel, bien entendu.

Vous veillerez à inclure dans votre texte les  situations indiquées ci-dessous. Vous pouvez les mentionner brièvement ou vous y attarder. Hopla.

>> Faire intervenir Yuri Gagarine.
>> Insérer un SMS.



LE TEXTE


   Dans le square les arbres sont couchés, le kiosque on lui a fait bouffer ses musiciens et le gardien est maintenant manchot des pieds. J'en ai  vus des sacrés bordels dans ma carrière, mais des sacrés bordels comme ça, jamais.
Je suis l'inspecteur Pif Lechien, j'ai été tiré des bras avenants d'une mignonne par un SMS de Hercule Poireau, mon fidèle sbire depuis belle lurette : "Ville mise à sac. Stop. Sacré bordel. Stop. Elle est avenante la nouvelle? Loooool. Stop."
J'avais laissé là la mignonne avec l'odeur de ma peau sur son corps et le souvenir pour le restant de sa quelconque vie de mes chevauchées étalonnesques.
 
   Puis j'avais écrasé à plates coutures le champignon de la xantia décapotée, je m'étais même permis un crochet par la 7ème pour passer chez mon fournisseur de fournitures. Toni Mafia, alias Toto l'Anguille, vendait les meilleurs carnets de toute la ville. 
Toni était en train de terminer son déjeuner, j'arrivais juste entre la poire et le reblochon.
 - Lechien, quel bon vent m'amène ta ganache pralinée?
 - Salut l'Anguille, je suis sur une bien moche affaire, je me prépare des hématomes au cerveau. File moi la meilleure came que t'as, je te revaudrai ça en 3 fois sans frais.
 - Tu sais bien qu'on n'est pas des enculés dans la famille, les fondements sont sains… Lechien mon ami, je vais pas te la faire dans l'autre sens.
Il parlait toujours comme ça, Toni, comme s'il avait couché avec un dictionnaire des citations ou qu'il collectionnait les emballages de papillotes.
Il avait crânement déplacé sa grosse carcasse de nabot claudiquant – le pantelant taille basse est à la mode – jusqu'au placard en formica de la cuisine et en avait sorti une boîte à biscuits.
 - Je viens de me faire livrer du beau biscuit, Lechien. Du à spirale,  petits carreaux, couverture cartonnée et tables de multiplications au dos.
Il m'en avait mis un entre les mains. J'en avais vu des carnets à spirale petits carreaux, mais des comme ça, jamais.
 - Bon sang Toni, tu t'es pas foutu de moi. Je te dois... ?
 - Tu me déçois, Lechien. On n'emmène pas des saucisses quand on va à Francfort...
Il n'avait jamais voulu de mon argent. Toni je le payais au silence, je fermais les yeux sur son traficotin de gommes arabiques et d'intercalaires et ça lui convenait allègrement.
 
   Un sacré bordel. Poireau m'avait rejoint avec deux cafés à la main : un pour moi, l'autre aussi. 
 - T'en dis quoi, Poireau?
Il sortit un carnet minable de la poche de son anorak usé. Il se concentra pour relire ses notes.
 - D'après mes premières constatations, j'ai bien l'impression qu'on a affaire à un beau bordel.
 - C'est aussi mon impression, Poireau. On a des suspects?
 - On a interrogé l'anticyclone des Açores, un coutumier de ce genre de sacrés bordels. Il affirme qu'à cette heure là il était au large des côtes bretonnes. J'ai recoupé ses déclarations avec le bulletin météo de FR3.
 - Et alors?
 - Et alors on a perdu 6 minutes d'ensoleillement et on fête les Géraldine.
Géraldine, bon sang mais je connais personne qui s'appelle Géraldine. Ca sent les complications.
 - Rien d'autre?
 - Si. En fouillant à fond le square on a déterré les ossements d'un cochon d'Inde.
Un cochon d'Inde, bon sang mais je connais personne qui s'appelle cochon d'Inde. Sacré bordel...
 
   A mon tour je sortis mon carnet. Poireau le regarda et tira la tronche du type qui a moins bien réussi dans la vie. 
Je fis un rapide inventaire :
       Sacré bordel (comme jamais j'en avais vu).
       Sainte Géraldine, mais j'en connais pas.
       Ossements de cochon d'Inde. Interroger tous les habitants de l'Inde.
       Penser à faire une note de frais pour les cafés.

 
Poireau me sortit de ma réflexion.
 - Voilà le vétérinaire légiste.
 - Merci Poireau, tu peux disposer. Essaie de voir si tu trouves des indices.
 
   Johnny Guitare était un putain de vétérinaire légiste. Le meilleur des putains de vétérinaires légistes qui soient. Il avait la tronche gondolée et la démarche déglinguée des putains de déglingos qui coupent le ricard au whisky.
 - Salut Lechien. Putain d'bordel, pas vrai?
 - Putain de sacré bordel, Guitare. Putain de sacré.
 - On a retrouvé les ossements d'un putain de cochon d'Inde au pied de l'arbre que tu vois là bas.
 - Celui là?
 - Non, le putain d'autre à côté.
 - Celui là, avec un tronc en bois?
 - Non, un peu plus par là.
 - Ce putain de lui là?
 - Bingo Lechien. D'après mes calculs ces os putain de dateraient d'une dizaine d'années.
 - T'es sûr de tes calculs?
 - C'est une putain de Casio, Lechien, et les piles sont neuves. Pas d'erreur possible.
 - Tu peux me dire ce que foutent les ossements d'un cochon de putain d'Inde au pied de l'arbre qui est là bas?
 - Ecoute, je pense que ce putain de cochon d'Inde a été enterré au pied de l'arbre qui est là bas y'a une dizaine d'années parce qu'il était mort.
 - Putain Johnny, il était mort… Merci de ton aide.
 - Bonne chance Pif.
 
   Poireau rappliqua sa science sur ces entre-faits.
 - Chef, excusez moi d'interrompre ces entre-faits, mais j'ai un truc à vous montrer.
Il était aussi excité qu'un gosse de 8 ans qui vient d'attraper la plus grosse crotte de nez de sa vie.
 - Regardez ça...
Il me pointait du doigt des bidules sur le sol. Des bidules qui ressemblaient à s'y méprendre à ...
 - Des indices ?
 - On dirait bien, chef.
J'en pris quelques uns dans ma main et les observai de plus près. C'était bel et bien des indices.
Je ressortis mon beau carnet.
       On a trouvé des bidules comme des indices. Je les
       ai pris dans ma main : ce sont bel et bien des indices.

       Le cochon d'Inde était mort alors on l'a enterré.

 
   C'était le moment de rendre une visite de courtoisie à mon vieil ami Yuri Gagarine. Yuri s'était fait connaître dans les années noir et blanc pour avoir été le premier homme à rouler en Renault Espace. La gloire, les filles de peu de morale, les excès de vodka-redbull, les fréquentations suspectes, toutes ces imprudences avaient eu raison de sa réussite et il avait connu l'échec et le mat. Il s'était fait coincer pour vol géostationnaire à la tire et avait purgé sa peine pendant 15 ans dans une de ces prisons où la sodomie est une manière de se dire bonjour.
A sa sortie il s'était rangé des spoutniks et avait ouvert un kebab sur Sesame Street. 
Mais on ne devient jamais tout blanc quand on a broyé autant de noir et qu'on a passé une bonne partie de sa vie à se faire mettre l'uranus en orbite. Yuri était le meilleur indic de la ville, ou du moins de ce qu'il en restait.
 - Frites, sauce blanche, salade tomate oignons?
 - Que me valent tant döner de ta part, Yuri?
 - Je savais que tu viendrais, Lechien. On n'emmène pas des saucisses quand on va à Francfort...
 - Range tes salamalecs oum. J'ai jamais compris cette histoire de saucisses, je cherche même pas à la comprendre et je pense que le jour où j'en aurai envie les poules auront du lait, comme les tôles. 
Tu sais pourquoi je suis là alors vide ton sac. 
Gagarine partit baisser le store de son bouiboui. Il en écarta les lamelles avec deux doigts puis dans cette interstice il glissa un œil à l'extérieur. De là où j'étais placé, la scène avait vraiment de la gueule.
Il partit en cuisine, en revint avec son sac à main et le vida sur la table devant moi. Il en éparpilla le contenu et finit par trouver ce qu'il cherchait : un morceau déchiré de nappe en papier, plié en 4. Il me le déplia devant les yeux et me laissa quelques secondes pour lire ce qui avait été écrit dessus. Puis il le froissa et l'avala. 
Je laissai Yuri digérer sa nappe et sortis de son resto de merde.
J'attendis d'être dans la xantia pour noter sur mon carnet ce que je venais d'apprendre.
       Toni Mafia s'est fait livrer en carnets. Du à spirale petits carreaux,
       probablement avec les tables de multiplications au dos.
       Penser à demander sans oignons la prochaine fois, ça fait roter.

 
   J'avais pas mal cogité en retournant au Central, et de mes réflexions j'en étais arrivé à la conclusion que tout ça était un sacré bordel.
Hercule Poireau m'avait rejoint dans mon bureau pour me faire son rapport.
 - Le labo a examiné ce qu'on a trouvé par terre dans le square et il est formel : ce sont des indices.
 - J'en étais sûr...
 - On a aussi interrogé les gens qui ont vu quelque chose. Tous, sans exception, sont des témoins.
Bon sang, des témoins... J'aurais du penser à m'en douter.
 - Et vous chef, vous avez du nouveau?
 - J'ai pas mal réfléchi dans la voiture. J'avais une question qui me travaillait depuis ce matin : pourquoi avoir foutu un sacré bordel pareil?
Quelle raison pouvait pousser notre bonhomme à faire ça? 
Tu vois, cette question me tournait en boucle autour du pot, pire que la manière de caser "inopérant" dans un texto.
Et c'est justement en feuilletant un SMS que la réponse m'est apparue, aussi soudainement que la vierge à Bernadette en Subaru. La raison de ce sacré bordel, la personne a fait ça parce qu'elle avait un mobile!
 - Bon sang chef, mais c'est tellement bien sûr! Un mobile! Alors ça j'aime...
 - Je sais Poireau, je sais. Toi aussi un jour tu seras succès et splendeur.
Mais ne vendons pas la charrue avant la peau des boeufs, il nous reste à trouver qui a foutu ce sacré bordel.
Maintenant Poireau, laisse moi seul un moment, j'ai besoin de me retrouver avec moi-même pour me discuter de tout ça.
Poireau ressortit de mon bureau, des paillettes plein les yeux, et des posters de moi dans son cerveau.
Il est comme ça. Il a toujours été admiratif de moi, sous prétexte que je réussis là où il échoue. Peut-être parce qu'il est de Bruxelles? Un jour je lui avouerai que les dés sont pipés, que j'ai le talent des grands et que lui il emmènera toujours ses saucisses quand il ira à Francfort.
 
   Je repris mes notes. Tout Pif Lechien que j'étais il me restait à mettre la main sur le salopard qui avait foutu ce sacré bordel.
Je relus chaque phrase à voix haute, mécaniquement, méthodiquement. Je pris mon stylo quatre couleurs pour souligner les sujets en vert, les verbes en rouge et les compléments d'objets en bleu. Mais rien ne transparaissait de mes écrits. Aussi sûrement que j'avais réussi à résoudre le mystère du hérisson écrasé sur l'autoroute, la quadrature du cercle ou l'énigme des 3 gars qui donnent 30 francs pour avoir une chambre d'hôtel mais le réceptionniste leur dit que finalement c'est que 25 francs alors il donne 9 francs chacun et à la fin il manque un franc, où il est passé?, aussi sûrement je me heurtais au mur de Berlin. Et c'est pas même en emmenant mes saucisses que je l'aurais abattu.
Et puis soudain, alors que je relisais mes notes pour la 17ème fois dont 3 fois en remplaçant les verbes du 1er groupe par le verbe "courir" pour savoir si c'était du participe passé ou de l'infinitif, soudain badaboum! La révélation! La vérité qui m'emboutit l'occiput, les neurones qui trouvent leur place unique comme dans un puzzle représentant une grille de sudoku, le retour de Bernadette et de sa Subaru.
 - Poireau! Prends ton anorak et ton mal en patience, on retourne au square.
En deux coups de cuillère à pot d'échappement la Xantia nous avait conduit au portail de l'épilogue.
J'emmenai Poireau près du kiosque et pris ma pose n°13, celle que je garde pour les dénouements du dimanche.
 - Poireau, y'a eu un sacré bordel ici. On a retroussé nos manches et on les a gagnés en 3 sets. On a eu des témoins, on a découvert des indices, on a suivi des fausses pistes et des pistes, on a trouvé un mobile. 
Poireau, l'enfoiré de mes deux qui a foutu un sacré bordel, je sais qui c'est : c'est le coupable.
 - Bon sang de caillou mais c'est bien ça! L'enfoiré de vos deux qui a foutu ce sacré bordel c'est le coupable! Comment n'y avais-je...
Vous savez chef...
 - Poireau?
 - Vous êtes beau.
 - Oh, tu sais Poireau, toi aussi un jour tu seras beau.
Mais c'était quand même pas pour tout de suite. Je le dévisageai : avec ses cheveux gras, son anorak usé, son pantalon taché...
 - Bon sang Poireau!! Tu t'es dégorgé dessus!
Repost 0