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Qui Ça?

  • : Stipe se laisse pousser le blog
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  • : Je m'étais juré sur la tête du premier venu que jamais, ô grand jamais je n'aurais mon propre blog. Dont acte. Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser des commentaires dithyrambiques ou sinon je tue un petit animal mignon.
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La cour des innocents

La Cour des Innocents - couv - vignette

Dates à venir

- samedi 2 août, en dédicace à la Librairie Montaigne (Bergerac) de 10h à 12h

- samedi 30 août, en dédicace à la Librairie du Hérisson (Egreville)

- dimanche 9 novembre, en dédicace au Grand Angle dans le cadre du salon Livres à Vous de Voiron.

20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 15:24


Ils firent sortir l'homme en le traînant au sol, poignets menottés dans le dos. On lui planta encore une énorme seringue dans la nuque et sa tête pendit définitivement entre ses épaules.
Une femme trouva la force surhumaine d'ouvrir les yeux et d'exprimer un regard haineux, elle proféra des insultes qui restèrent bloquées dans sa bouche mais chacun de nous les entendit. Là, un homme ne chercha même pas à retenir les larmes qui jaillissaient de ses yeux. Ses joues restaient désespérément sèches, même si aucun de nous ne douta de les voir bel et bien détrempées par les larmes. Les autres demeuraient allongés par terre mais exprimaient tous des sentiments aussi extrêmes, invisibles pour le profane mais perceptibles de nous seuls.
Et moi ? J'en sais trop rien, je suppose que je jubilais de constater que j'étais toujours capable d'éprouver des sentiments. Peut-être qu'un jour je découvrirai qu'à ce moment là je sautais partout. Ou que j'avais martelé les flics de coups de poing. Ou que j'avais vomi. Je le saurai peut-être un jour... Mais y aura-t-il un jour ?

Nous nous étions retrouvés dans cette pièces immense, blanche, sans aménagement aucun, sinon sept paillasses éloignées et une pendule incongrue et bruyante. Tour à tour, en ouvrant les yeux, nous nous sommes aperçu de la présence de l'autre. Et rapidement, nous avons constaté que nous étions tous dans le même état comateux. Incapables du moindre mouvement, branchés à des tuyaux et des électrodes, prostrés dans une position allongée qu'aucune force physique ne permettait de quitter. J'ai pris conscience que j'étais comme drogué, que les autres l'étaient aussi et chacun a du en conclure de même sur son voisin. Une drogue si puissante que nous étions comme anesthésiés, elle nous paralysait, nous empêchait de parler, de pleurer, rangeait au rang d'épreuve physique le simple fait d'ouvrir les yeux. Nous étions là, cloués au sol, asséchés de l'intérieur et alimentés par l'extérieur.
Et il y avait cette drôle de pendule sur le mur du fond. Elle était pourtant énorme, mais il m'a fallu une bonne dose de concentration pour comprendre en quoi elle était si différente de toutes les autres pendules. Elle ne possédait qu'une aiguille, la grande, qui était invariablement pointée vers le haut, sur le "12" imaginaire puisqu'aucun chiffre n'était représenté. Nous entendions le tic-tac des secondes qui s'égrènent, mais l'aiguille ne se décalait jamais sur sa droite pour autant. Non, au bout de soixante secondes, c'est le cadran qui tournait sur sa gauche, d'un soixantième de tour, venant positionner une graduation en face de la grande aiguille, toujours aussi verticale. Et il m'a fallu plusieurs jours (peut-être ?) pour comprendre que cette pendule n'était pas là pour nous donner l'heure, mais seulement pour nous donner la notion du temps qui passe, bien qu'il se soit arrêté...
Régulièrement (peut-être ?), des types venaient nous administrer notre dose d'incapacitant, changeaient nos cathéters, rebranchaient nos électrodes. Nous étions branchés de partout, des sondes étaient reliées aux voies naturelles, d'autres tuyaux servaient à nous alimenter et à nous ravitailler en toutes sortes de médicaments, ou de drogues ou de sang ou de qu'est-ce que j'en sais ? Ce que je sais, c'est que nous étions sous assistance, toutes nos fonctions vitales étaient contrôlées à distance et la seule chose que l'on maîtrisait encore étaient nos pensées. Notre cerveau ne souffrait d'aucune entrave. Chimique, du moins. Car pour le reste, tout semblait avoir été pensé pour qu'il finisse par se suicider...
La pièce était constamment éclairée, d'une lumière crue. La pendule serinait invariablement le tic-tac des secondes, les heures (peut-être ?) défilaient à tâtons, sans se préoccuper de la suivante, ne conservant que sa notion de division du temps et perdant celle d'indication. Les heures, qu'en sais-je... En fait, la seule chose qui défilait, c'était cette éternelle minute qui faisait du sur place. La minute se suit et se ressemble...

Nous ne savions rien de tout ça, de toute cette merde dans laquelle nous avions été plongés. Ni pourquoi, ni comment, et surtout pas quand. Dans l'incapacité totale de communiquer, d'exprimer le moindre sentiment, plus rien ne nous différenciait désormais. Nous étions devenus des clones, glissés dans sept enveloppes corporelles différentes. On ne vit que dans le regard de l'autre, dans l'image qu'il nous renvoie, et dans la perception de ce qui nous entoure. On nous avait retiré ces réponses, tous les signaux qui font que l'on se sent physiquement exister. Et puis surtout, on nous avait confisqué la notion du temps. Voués à ne vivre qu'avec nous-mêmes, à l'intérieur de nos propres pensées qui sont exacerbées par le fait que le cerveau n'a plus à assumer son rôle de centre névralgique des fonctions vitales et de survie, nous sommes condamnés à vivre dans un désert de sensations. Et l'éternelle minute, qui avance lorsqu'elle recule, finit par nous perdre dans les méandres de nos propres réflexions. L'instant n'existe plus, impossible de savoir si l'on envisage le passé ou si l'on a la nostalgie du futur.
L'emmerdement maximum n'existe pas, aujourd'hui je peux vous assurer que seul le pire existe...

Et puis tout à l'heure (peut-être ?), nos oreilles ont ouvert nos yeux et on a vu ce type réussir à se lever. Mon cerveau a aussitôt pétillé, ravi d'avoir du nouveau à se mettre sous la dent... La pensée, c'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas. Je ne savais pas encore pourquoi je l'étais, mais je semblais être heureux. J'allais devoir réapprendre ce que ce mot même signifiait, mais là le type avançait, péniblement, ses muscles semblaient aussi surpris que son cerveau d'être encore "capables". Les trucs qu'ils nous balançaient dans le corps nous avaient maintenus en bonne santé physique, nos muscles étaient stimulés par les électrodes, ils avaient l'air de tenir à ce que l'on reste en vie, à ce que l'on ne s'atrophie surtout pas. Et il semblerait qu'ils y soient parvenus. Et erreur humaine, subterfuge ou défaillance du matériel, le fait est qu'un de leurs cobayes était désormais sur pied. Le type avançait de moins en moins difficilement, tout semblait lui revenir comme pour le vélo. Il se précipita sur le mur du fond et balança un violent coup de poing sur la pendule. Un énorme fracas se fit entendre - le cadran ou les os de sa main ? – la minute vola en éclat et tiqua sur le tac, rendant sa liberté à l'instant, faisant revivre le moment.
Un larsen de silence me déchira le cerveau, et cette soudaine profusion d'émotions ressuscitées me brula le corps. Je perçus l'agitation, je les vis intervenir avec force détermination et moult démonstration de... d'émotions. Qui se succédaient sous mes yeux mi-clos: la colère, la haine, la déception, l'interrogation... Mon cerveau crépitait sous la fulgurance des sentiments redécouverts, je ne saurais vous dire si je revivais ou si je mourais...
En revanche, il y a une chose que je sais, c'est que cet homme avait fini par accomplir ce que l'on recherchait tous à faire depuis notre enfermement : tuer le temps.


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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 09:47


Au jour du jugement dernier, quand je me pointerai devant l'Eternel et qu'il me demandera ce que j'ai à plaider pour ma défense, je m'allumerai une clope en plissant les yeux, pour prendre un air profond. Je recracherai rapidement la fumée car c'est toujours ainsi qu'on traite la première bouffée, puis en gardant les yeux plissés comme pour les protéger des émanations nocives, je prendrai une longue inspiration inspirée, je libérerai une seconde fois la fumée, et les yeux plantés dans les volutes de la cigarette, je répondrai avec un air faussement réfléchi, surjoué, : "je suis un séducteur".
Le coup de la clope, j'ai vu ça dans un film avec Errol Flynn, la moustache impeccable. Le coup de la vertu lâchée comme un aveu, comme la pire des tares, j'ai vu ça chez Drucker, quand à la question "Quel est son pire défaut ?", la femme de l'homme d'Etat répond, après une réflexion aussi mûre qu'elle, "son honnêteté" ou "son abnégation", ou une connerie de l'espèce.

Je ne crois pas en Dieu, pas plus que je ne suis fumeur. Mais je suis un formidable joueur d'apparences. Et j'ai très envie de soigner ma sortie, qu'elle se fasse devant Dieu, Drucker ou une colonie d'asticots.
L'apparence, j'ai toujours tout misé là dessus. Paraître un mec sympa, fiable, un bon mari, un bon amant, un bon père, ... Un type bien, en somme. Et toute ma vie, ça a plutôt bien fonctionné, j'ai presque toujours obtenu ce que je voulais. Comprendre : qui je voulais, quand je voulais. Depuis internet, j'ai même eu plus que ce que je voulais. Quelques clics bien placés et le tour est joué. Et avant internet, ben je faisais comme on faisait avant.  Je les choisissais dans mon entourage, mon voisinage. Devrais-je vous l'avouer ? Allez, ... même au sein de ma propre famille. Dégueulasse, hein ?
Armé de mon seul pouvoir de séduction, voire de persuasion, j'allais sans relâche. Dans ma voiture, dans le lit conjugal, dans un parc public, je baisais, encore et toujours. Des coups d'un coup, des veilles sans lendemain, des Carpe Diem sans l'inconvénient du latin. Puis via le net, des photos, des profils, des mails. La fébrilité de la première rencontre, la concrétisation d'un travail de séduction. Puis la création de nouveaux profils, pour éviter de laisser des traces. Très important, de ne pas laisser de traces. Je ne sais que trop les dangers encourus à être soi-même, alors je me renouvelais, je changeais mon apparence. Je variais les sites, les photos, mais toujours de moi. Ma personnalité plaisait, alors je ne la changeais pas. La seule chose qui variait, c'était la méthode, mais la finalité était toujours la même.
Personne ne s'est jamais rendu compte de rien. Ma femme n'y voyait que du feu, celui dont les flammes entretenaient notre passion. J'étais un jouisseur.

Puis il y a eu la fois de trop, la fois où j'ai sous-estimé ma proie. Et la proie a gueulé, elle a hurlé au salaud. Elle a menacé de tout balancer, alors je l'ai fait taire. Alors on m'a condamné, sans vraiment me juger. Alors du coup je sais que je dois songer à ma sortie.
On m'a enfermé il y a quelques jours. Et ici, je sais que ce n'est plus pareil. Je sais qu'ici je ne peux plus avancer les mêmes arguments. Car en taule, plus qu'ailleurs, on me promet des lendemains pas jolis. En taule, plus qu'en liberté, on est poussé à aller serrer la pogne à l'Eternel. J'ai pas d'inquiétude, j'ai jamais été un bon chrétien mais j'ai les curés dans mon camp.
Je vais bientôt crever, probablement par le suicide. Mais plus sûrement par le lynchage.
Ici, moins que dehors, on ne pardonne pas aux pédophiles.


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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 00:01



(par ici, vous saurez c'que c'est qui s'est passé du début)



Un jour, Truck il s'est mis à tuer. Je vous avais dit que Truck c'était son surnom ? Ben c'était son surnom. Et ce surnom il s'est mis à tuer, mais pas par méchanceté comme ça, comme on tuerait pour faire dire. Non, lui il tuait pour sa mémoire collective personnelle, pour le souvenir de son père qu'était mort d'être trop honnête depuis c'que j'vous ai dit au-delà. Y'a des gens qui lui ont dit, qu'ont essayé d'le raisonner, y z'y disaient : "Truck, si tu m'tues, après j'serai mort". Mais raisonner Truck, tu parles, autant chier une pendule dans l'piano ! Tuer, c'était plus fort que lui, et c'était bien la seule chose. Moi il m'a jamais tué, j'suis là aujourd'hui pour vous l'jurer que j'vous bobine pas ! Mais y'en a, si. Il en a bouffés, il en a réduits, il en a désossés et le reste aux chiens. C'est comme ça.

Pis un jour de rien, sans qu'on lui demande pourquoi ou qu'est-ce, il a arrêté. Il avait vu la lumière, qu'il a dit. Sûrement pas chez moi parce que c'était éteint, j'éclaire pas les rues. Non, il a vu la lumière célesse, de c'qu'il en a dit. Allons bon, quoi qu'c'est qu'ça ? Ben la lumière célesse, d'après les racontars de Truck, c'est quand tu rencontres Dieu. Tu sais, comme celui qu'est en peinture dans les Eglises, je crois. "T'as rencontré Dieu et tu l'as pas tué ?", y'a quelqu'un qu'a demandé (p't'être bien le Doc vu qu'il est un érudit même le dimanche). "Non", qu'a dit l'Truck, "Ah bon, j'aurais pensé" qu'a répondu l'autre que c'était p't'être bien le Doc à cause de l'érudiment.
Au début, on pensait que c'était des conneries d'alcooliques, qu'il avait attrapé un coup de delirium en buvant de l'alcool de crapaud frelaté. Ou alors que c'était un piège qu'il nous faisait. Mais au bout de deux heures qu'il avait tué personne, on a bien du se résoudre comme évidence : Truck l'était devenu une brebis pas galeuse. Ou si vous préférez, l'était comme un mouton échappé du pré pis qui s'rait aller s'égarer dans l'enclos.
Ben si on m'aurait dit ça...

L'était donc devenu prédicateur, c'est comme ça qu'faut dire, une sorte de représentant en conneries à bon Dieu. Il attrapait un badaud et il lui expliquait que Dieu était venu sur Terre pour distribuer la paix et pis d'autres singeries du même genre de tonneau, il avait lu tout ça dans ses livres de la Bible. Et si jamais le gugusse voulait pas le croire, Truck lui écrasait la tête contre le mur de l'église pour bien que ça rentre. Dans le mur de l'église. Mais ça comptait pas pour du crime, vu que c'était pour Dieu et qu'on a le droit de tuer pour la bonne cause. A moi aussi il m'a chopé pour me dire ses saloperies, moi j'ai dit "oui d'accord" pour faire croire, mais après j'suis allé vomir dans l'bénitier des grenouilles, j'digère mal l'indigeste.
Il a continué comme ça a donner la bonne parole à coups d'poings dans la gueule. Les curés disaient que Jack c'était l'Elu. Je sais pas de quelle démocratie qu'il était l'Elu, mais je sais qu'on a fait des guerres pour moins de dictature que ça. Toujours c'est-il qu'il leur remplissait l'Eglise aussi sûrement qu'il leur avait rempli le cimetière.

Un jour il a fait son charabia à un bonhomme qu'avait des airs sérieux, comme si qu'il venait d'une autre ville. L'autre a dit à Jack d'arrêter son baratin, qu'il était déjà au courant vu qu'il s'appelait Christ. "Christ Kwaller", qu'il a précisé à toute fin utile. Le Truck lui a dessemelé les dents à coups d'crucifix et il lui a donné les strémonctions. Quand le gars qui s'appelait Christ a eu craché son dernier souffle, l'église a pris feu sur place et Jack s'est auto-consumé tout seul. J'peux vous l'jurer, j'ai failli être là pour le voir ce jour là. C'est Lafayette Kwaller qui m'a raconté ça, un homme que j'ai confiance quand il raconte des trucs de quand je suis pas là, vu que c'est aussi lui qui m'avait raconté un truc vrai. Donnie Kwaller a ramassé les cendres du Truck et les a foutues sur ses fraisiers pour éloigner les limaces. Et depuis sa mort, on n'a plus eu de nouvelles de lui.

Faut m'croire c'que j'vous entretiens là, j'suis une personne âgée mais je suis bien potent. C'est Killtown qui veut ça, moi j'suis là que pour vous rapporter les faits qu'ont été avrairés. Pis de toute façon mon verre est vide pis ça va fermer.
Mais si vous avez l'temps pour un dernier godet, j'prendrai la même chose que vous. Un double.




Fin



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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 16:42




Jack Kwaller, c'est quand même un gars qui vaut que j'vous en parle du détour. Me semble qu'au cours d'une autre fois je vous avais déjà entretenu de Killtown et de ses habitants pas singuliers. Moi mon truc, c'est de raconter des histoires à qui veut les écouter, mais des fois j'ai la mémoire qui s'perd dans l'imaginaire et j'ai des trous au passé. Mais y m'semble bien que Killtown, c'est du déjà raconté.

Jack, l'était un type à déplacer les montagnes du seul bras gauche si c'était pas interdit par la loi. Non pas qu'il respectait la loi, j'vais vous en dire des mots plus tard, mais déplacer des montagnes c'est quand même pas possible, même pour faire croire.
Il avait un autre truc de charactésmatique, c'est qu'l'avait la malhonnêteté dans l'sang, aussi sûrement que certains y ont des globules de rouge. L'a commencé sa vie par une peine de neuf mois d'emprisonnement dans le ventre de sa maternelle. A huit mois, s'en est échappé en fabriquant un filin avec le cordon bilimical. C'est p't'être un mot compliqué pour si vous êtes pas érudit mais vous pouvez vérifier sur l'affiche de chez l'Doc, y'en a un de dessiné.
Sa mère - au Jack, pas au Doc – est morte des suites de ses blessures. Faut dire que Jack y avait piqué ses reins et son foie avant de se tirer, il les a r'vendus sur le marché pour se payer de la gnôle à foutre dans son biberon.
Il a été élevé par les curés qui sont toujours là quand qu'on a besoin d'eux. Le père de Jack, Sony Kwaller, était en taule pour des faits qu'il avait pas commis, ou si peu. Mais comme il en avait commis d'autres, dont avec actes de barbarie sur enfant non consentant, c'était pas du luxe.
Le père Kwaller, Sony, comme j'vous l'ai précisé en avant d'ça, l'a fait partie du fameux Gang des Tarés. Vous en avez p't'être entendu parler dans votre internet qui détraque tout la météo, que si ça continue on aura d'la neige en hiver. Le Gang, comme on disait par nous autres, l'avait mis un beau bordel, à sa belle époque. Il détroussait le fortuné et pas que. Y faisait dérailler les trains aussi sûrement que deux et deux font l'double. Pis après, y prenait aux gens leurs effets personnels qui leur appartenaient, pour perpétrer comme qui dirait du vol. C'est p't'être même eux qu'ont inventé les retards de trains, voyez que j'dis pas des paroles en l'air de rien. L'gang il attaquait les diligences aussi, pis aussi d'autre qu'il faisait c'est des cambriolages avec infraction. Y tuait toujours un ou deux innocents, pour le folklore, mais c'était toujours des gens au hasard, sans prénomition. Des anodins, quoi.

A la naissance de Jack, son père Sony l'était devenu un honnête homme : son fils lui avait emprunté le gène de la malhonnêteté mais lui avait jamais rendu. "Tel père, tel vice", j'vous dirais bien. Jack était malhonnête, mais pas que ça. L'avait aussi pour lui qu'il était bâti comme un costaud qu'aurait été pire. A sa naissance il pesait déjà 18 kilos et croyez bien que  chez c'gars là, le pourcentage d'eau dans le corps était réduit à peau d'lapin. Que d'la bidoche, même dans les veines.
Je vous ai raconté les circonstances de Jack quand il est né ? Saloperie d'internet qui détraque tout mais pas que... Quand c'est donc que sa mère elle l'a mis bas malgré elle, Jack était foutu comme un veau, même que c'est pour ça qu'il volait des vaches. Mais aussi parce qu'elle donnait du lait, c'est les poules qui donnent des œufs, faut l'savoir. Jack, plus tard dans l'récit en grandissant, on dirait de c't'homme que j'vous entretiens que "qui vole un bœuf vole un camion" mais c'est à cause de la modernité qu'a remplacé les diligences, même que c'est de là qu'on l'a surnommé Truck.
Vous m'suivez ?

Il était pas typique, Truck. Que j'ai connu, c'était bien le seul brigand qu'a eu une affiche "Not Wanted". Le dernier juge qu'a voulu lui faire de la peine à prison, ça a été aussi le premier. Le seul. Jack lui a brisé la carotide avec le pouce. C'est pas comme s'il était méchant, c'est juste qu'il avait les émotions musclées. Le sherif attorney c'était Lenny Kwaller, sûrement qu'vous l'avez connu. C'était le meilleur sherif du village en sa qualité d'unique. Pour sûr que Lenny il laissait Truck officier de ton son soul, p't'être qui avait la carotide de fragile. Quand il se mettait à manquer un truc dans le village, pour cause de disparition à main armée ou de vol en tout genre, c'est pas peu d'dire qu'il manquait pas pour tout le monde.
Jack quand il te serrait la main, tu r'comptais tes doigts, et si t'avais le bon compte, tu r'collais les morceaux. Quand il disait qu'il allait prendre l'air, il le gardait. C'était plus fort que lui, l'aurait fallu instaurer une loi qui oblige le vol pour qu'il arrête d'être un brigand. Mais y'a que moi qui y'a pensé, à cette bonne idée, et ce jour là j'ai fait autre chose plutôt que de proposer.

Il a voyouté un temps avec Willy l'Serpent, même qu'ils formaient une belle paire de pas jolis-jolis. Des fois on l'voyait  dans la rue avec une armoire sur le dos ou une commode sous le bras. Un meuble, en gros. Ben on savait que ce soir là y'a un type qui rentrerait chez lui et trouverait ses vêtements en tas par terre alors qui z'y étaient pas le matin. Et encore, celui là aurait de la chance de retrouver ses frippes, y'en a qu'étaient condamnés à porter les habits qu'ils portaient sur eux ce jour là, jusqu'à ce qu'ils rachètent leur armoire remplie sur leur marché d'où qu'c'est que Jack était vendeur pour de l'argent. Mais ceux qui croivent que j'ai tout dit, z'ont encore rien vu, ceux là.



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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 09:52



Incroyable histoire qu'est celle de ma vie, que je vous raconte à mon tour. Les histoires survivent dans le récit. Autrement, autant se taire que de ne rien écouter. Combien je sais déjà que vous hausserez les épaules et biaiserez du regard, dubitatifs. Poufferez, donnerez dans l'onomatopée courroucée, surpris peut-être. Et pourtant.

Tout a commencé au début, dans l'ordre des choses. C'est à la fin, vous verrez, que je perds un peu la tourneboule à cause de la vache qui parle, mais au début non. Non, au début j'étais simplement en vacances chez mon ami Gabon qui, malgré son prénom, n'était pas un pays mais un ami chez qui j'étais en vacances. A la campagne et française. L'Afrique ? Pfftt, jamais vu. Or donc, Gabon peignait. Enfin, je crois. Ou il photographiait des photos, non ? Mince... Enfin, il faisait un truc, ça je m'en rappelle, artistique. Et sa matière préférée était la vache, puisqu'il en est question. Au début c'est déjà pas mal, n'est-il ?
Gabon regardait donc des vaches, mais quand on me l'a raconté c'était mieux dit, genre "mon ami s'adonnait à la contemplation bovine". Notez bien que moi, je n'étais qu'invité alors je n'osais trop rien dire, et le serveur me fit goûter d'un Crozes-Hermitage qui était bien plus tannique que le second. Pendant ce temps, Gabon m'avait parlé d'une vache qui avait retenu toute mon attention et qui s'appelait Olga, je le sais car son nom est revenu plus tard dans l'histoire mais la première fois j'avais raté à cause du Crozes-Hermitage qui était plus tannique que le second.
La vache en question avait de cet air que toutes les vaches ont à revendre, sauf que nonobstant, celle-ci avait un regard hypnotique à vous endormir les pierres un soir de pleine Lune. Un téléphone sonna, la personne ne décrocha pas mais le téléphone tinta d'une différente sonnerie, signalant au non-décrocheur qu'on lui avait laissé un message, du coup. Le lendemain, je me rendis au pré pour revoir Olga et là j'ai commencé à avoir un premier coup de mou : j'ai regardé ma montre, tenté de bailler discrètement mais tu parles, on a toujours une tronche de con visible à des kilomètres à la ronde quand on retient un bâillement, on a les yeux qui pleurent et d'autres particularités faites du même bois de tonneau.
Et à un moment donné, Olga se met à me parler. Là ça pouffe poliment parce qu'une vache qui parle, quand même, bon. S'en suivent des lettres à mes amis, qui commencent à me prendre pour fou. Des questionnements métaphysiques, forcément, qui blanchissent mes nuits. Le serveur qui me demande pour le Crozes, je ne lui dis pas qu'il est plus tannique que le second car je ne savais pas encore. Gabon s'absente quelque temps, je ne me souviens plus pourquoi et je crois que je commence à m'en foutre. Et quand je reviens d'être allé pisser, Olga a emménagé avec moi à Paris.
Rémi, ou un autre prénom mais pas de pays, ça j'en suis sûr, celui qui veut monter la pièce de théâtre avec Olga, me rappelle pour les répétitions mais j'y comprends rien, pour être franc.

Ça commence pas à être un peu long ? Si, hein ?

Véronique prend son rôle très à cœur, mais y'a des hauts et des bas. Je ne sais pas qui est Véronique. Olga parle de mieux en mieux. Ma pensée vagabonde pas mal, je me cure le nez, regarde l'heure qui en est à 3 minutes de plus que la dernière fois, et quand je reprends mes esprits, ben je suis en train d'errer dans Paris, à moitié fou. A un moment donné, après des hauts plutôt bas, je dis "Je t'aime" à Olga. La vache qui parle. Je me retrouve avec une corne sciée dans la main. Mais pas une à Olga. Non, "d'Olga". A cause du gérondif qui fait qu'on dit "la bite de Dudule". Je me demande si y'en a encore pour longtemps de ces conneries, parce que là vraiment je commence à être complètement paumé dans l'histoire de ma vie, quand soudainement, coup de théâtre ! J'abats Olga d'un coup de fusil dans sa tronche de grosse vache, pan ! Et je m'assois contre un arbre, et c'est fini.

Voilà, c'était la longue histoire de ma vie telle qu'on me l'a racontée. Ou plutôt telle que je vous raconte qu'on me l'a longuement racontée, dans ce bar.
Enfin, vous me comprenez, quoi ?




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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 19:23


Un artiste de mes amis m'a fait l'immense honneur de m'autoriser à utiliser ses dessins pour illustrer mes textes.

Le mot "illustrer" prend d'autant plus sa superbe que ses dessins m'ont donné l'agréable sensation que les textes en question avaient été écrits pour poser a posteriori des mots sur ses traits et ses couleurs.

Le plus beau métier du monde et Mademoiselle sont les deux premiers textes qui accueillent ses oeuvres, dans l'espoir de renouveler un jour le mécénat.





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- Ce ne sont pas les Femmes, que certaint voilent, mais la peur de les regarder... -
Fabrice Niclair
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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 00:01


(première salve ici)


Casquette vissée à l'envers sur le crâne, un pépé s'avance vers moi d'un pas hésitant entre la timidité et la claudication. De loin, il semble en effet bien âgé. De près il paraît avoir le double d'âge de ses artères. Si ses yeux fonctionnent aussi bien que ses jambes, il risque d'être parfaitement inutile comme témoin oculaire. Et même si on lui met du collyre, après coup ça ne compte pas.
-  Bonjour Monsieur, je suis l'inspecteur Pif Lechien. Et comme inspecteur, j'ai du chien !
Je vous avouerais que des fois on galère un peu avec cette loi...
-  Wesh, qu'est-ce tu m'veux ?
-  Et la rime, vieil anar ! Vous l'avez aussi jetée aux canards ?
-  Mais j'm'en fous de la rime, Monsieur !  Et dépêche-toi de me dire ce que t'as à me dire ou je vais rater Lepers.
Ça s'annonce coton...
-  Monsieur, vous n'êtes pas sans savoir qu'un crime odieux a été commis. Et vous êtes la seule personne qui était présente au moment du délit.
-  C'est pas moi qu'aie tué le canard, j'le jure sur la tête de mon forfait Bouygres !! Je lui ai jeté une miette de pain sur la tête et il est mort d'un infarctus crânien, voilà tout Monsieur.
-  Mais non mais c'est pas ça du tout ! Je vous parle d'un vrai crime, un avec des flics partout.
-  Alors c'est qui qui a été tué ?
-  C'est la nature qu'on a assassinée. Et je compte sur vous pour m'aider à retrouver l'auteur de ce forfait.
-  Moi c'est un forfait Bouygres, comme auteur, voilà tout Monsieur...
-  MAIS JE TE PARLE PAS DE CA, BORDEL ! CONCENTRE-TOI !!
-  T'as pas rimé, là, Monsieur...
-  Oui bon... Reprenons. Avez-vous vu quelqu'un de type suspect ? Genre bizarroïde ou assimilé ?
-  Ben non, j'étais tout seul.
-  Ah ? Vous, et pas un chat ?
-  J'ai pas recensé tous les animaux de la forêt, non plus. Mais je le jure que j'ai vu personne d'autre.
C'est bien ce que je craignais : il a les yeux qui ne voient pas plus loin que ses jambes ne courent.
-  Et même avec du collyre, la vue ne saurait vous revenir ?
-  Mais non je me drogue pas, Monsieur. Promis !
-  Ecoutez, un acte sans nom a été commis en ces lieux : une canette de coca a été jetée sur le sentier sinueux.
-  Ben ouais, je sais. C'est moi.
-  ...
-  C'est moi qui l'aie jetée. J'ai bu un coca et puis j'ai fait giser la canette dans le cadre bucolique, voilà tout.
-  Mais enfin ! Mais faut super pas ! Vous savez que vous risquez une peine allant de la lecture de la Pléiade à la peine maximale de la culpabilisation publique ? Ton compte est bon, papi, tu vas bouffer de la nourriture bio jusqu'à la fin de ta vie, foi de Lechien !
-  Et la rime, elle est...
-  TA GUEULE !

Poireau me rejoint, il a le pantalon mouillé jusqu'aux genoux et des plumes partout dans les cheveux. Je lui dépose un baiser sur le front et lui ordonne de passer les menottes à l'ancien.
-  Bravo chef, vous êtes vraiment le plus fort. Une fois de plus vous vous érigez en ultime redresseur de torts.
-  Vois-tu Poireau, il est des lois qu'on peut trahir,
   Des crimes qu'on peut commettre, quitte à se faire haïr.
   On peut tuer, souiller, brûler, avilir, occire...
   Mais putain, qu'on respecte au moins le verbe "gésir".



Fin.
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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 00:01



L'objet gisait au milieu du sentier, parfaitement insolite dans ce cadre bucolique...
Les types du labo étaient déjà en train d'étaler leur poudre de perlimpinpin pour relever les empreintes. A mon arrivée ils se relevèrent pour me saluer et s'écartèrent pour mieux me laisser visualiser l'horreur de la scène : une canette de Coca narguait toutes les lois de la société en s'affichant fièrement vautrée au milieu de ce décor champêtre. Je détournai mes yeux de cette ignominie et regardai alentour. Il y avait un ruisseau qui courait au milieu des herbes sauvages, des fleurs dont une légère brise froissait les pétales, ici une famille de lapins gambadait et semblait profiter, insouciante, des rayons du soleil qui dardaient à travers les feuilles des arbres multi-centenaires. Le photographe de la Scientifique prenait des photos de l'arme du crime et des environs. Je lui fis un signe de tête approbatif et il introduisit précautionneusement la canette dans un sac hermétique qu'il tenait à bout de bras, cherchant à se tenir le plus éloigné possible de l'infâme objet. Au sol, l'humus était souillé d'une coulée sucrée et brunâtre. J'en avais assez vu pour le moment, je m'éloignai en réprimant un haut-le-cœur. C'était une sale affaire qui m'attendait là. Même une putain de sale affaire, comme on dit dans le métier.


Au fait, je me présente, je suis l'inspecteur Pif Lechien. Vous me connaissez sûrement  déjà, faut dire que je me suis fait un petit nom dans le cercle fermé de la résolution de sales affaires en tous genres. Mais c'était surtout à l'époque, ça. Au temps où l'on tuait pour de la dope, pour une bagnole, pour une histoire d'amour ou de hors-jeu. Et ce temps là est révolu. Les gouvernements se sont succédés et tous ont accentué l'esprit sécuritaire. Aujourd'hui, quand on se saisit d'un couteau pour étaler le beurre sur sa biscotte, la CIA est au courant. Il y a toujours des guerres, histoire de perpétuer la tradition, mais c'est sérieusement encadré, des arbitres surveillent tout ça avec une grande attention et on n'est autorisé à tirer sur un ennemi que si l'on a rempli le bon formulaire et qu'on a juré sur le Vidal qu'il n'y avait aucune mauvaise intention dans ce geste, mais seulement le besoin de tuer au nom d'une cause qui sera débattue plus tard par les chefs d'états. Du coup on en a oublié de défendre d'autres thèmes qui semblaient plus nobles : l'écologie, la santé, l'éducation, ... Les hommes sont devenus autodidactes, l'automédication a remplacé la médecine traditionnelle. Et depuis que le climat est définitivement bousillé, la conscience verte est devenue un sujet prioritaire.
C'est dans ce contexte tumultueux qu'un extrémiste a été élu à la tête de notre pays. Un contemplatif qui a instauré des règles drastiques en matière d'écologie. Même pisser contre un arbre est devenu passible de sanctions. Chaque citoyen est contraint d'aimer son prochain, et même celui d'après. Et personne n'y trouve à redire car chacun devine bien que c'est dans l'intérêt général. Pour ces mêmes raisons, nous sommes tenus de sentir des fleurs au moins cinq fois par jour, de déclamer quotidiennement deux alexandrins, de caresser un chat, d'aider un aveugle à traverser la rue, etc.
La vie est tellement plus belle ainsi, si vous saviez...

Tout cela n'empêche pas l'Homme d'être fou. Ainsi, il arrive parfois qu'un égaré jette un emballage plastique dans la poubelle classique ou ne daigne pas saluer son voisin. L'information est aussitôt relayée par satellite aux autorités et le contrevenant est condamné à une peine pouvant aller des travaux d'intérêt général (toilettage pour chien, aquarelle pour vieilles) à des peines plus graves comme l'isolement en hutte de paille. Mais jeter une canette de coca dans un cadre bucolique, cela relève du génocide et est puni comme un crime de guerre. C'est vous dire si c'est une sale affaire.


Hercule Poireau, mon fidèle assesseur, me rejoint. A son visage crispé, je devine qu'il est aussi affecté que moi par cette découverte. Nous nous embrassons, il m'offre un bouquet de fleurs.
-  Bonjour Inspecteur, vous voir me comble de bonheur.
-  Salut Poireau, vous êtes beau. Sale affaire, voyez-vous. Mettez nos meilleurs éléments sur le coup.
-  On a déjà fait venir un artiste de Paris. Un esthète, on lui a donné une heure pour exprimer sa poésie.
-  Comme vous êtes bon... Et quelles sont ses conclusions ?
-  Il a déjà rempli trois pages d'alexandrins et peint deux natures mortes au fusain. Son jugement est catégorique : on a bel et bien affaire à un cadre bucolique.
-  J'en étais sûr. Et concernant l'ordure ?
-  Il s'agit bien d'un objet gisant de type canette de coca. Et le relevé des empreintes digitales a révélé des traces de doigts.
-  L'Homme cessera-t-il d'être Homme lorsqu'il aura trouvé la raison ? Tiens, notez dans votre carnet à spirales cette réflexion. A-t-on des témoins ? Ou des gens qui ont vu la scène, même de loin ?
-  Il y avait seulement un vieillard. Il donnait à manger aux canards.
-  Bon, allez m'interroger les volatiles. Et envoyez-moi le sénile.
-  Derechef ! Chef ?
-  Pronto, Poireau ?
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
   Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
   Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
   Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits.


La petite loupiote de son bracelet électronique passe du rouge au vert et c'est un peu plus détendu qu'il s'éloigne vers la mare.



A suivre...




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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 17:32

Je n'en peux plus, d'elle. Je ne la supporte plus, je ne supporte plus sa gueule le matin, le midi sa gueule m'énerve et le soir, devinez quoi... Il suffit qu'elle soit dans mon champ de vision pour que mon humeur passe de changeante à stablement mauvaise. Elle est toujours dans mes pattes et elle n'est jamais pas là quand il faut. J'en ai marre, marre qu'elle ne fasse pas d'effort. Et je la trouve pitoyable quand elle en fait. C'est compliqué d'écarter les jambes à intervalles trimestriels réguliers ?
Mais n'allez pas croire que j'ai de la haine, juste que je n'ai plus d'amour. J'ai envie qu'on en finisse, même s'il y a longtemps qu'on en a fini avec ce qu'on voulait continuer. On se croise à longueur d'ennui, on s'évite toute la journée. Et pourtant on fait semblant de ne pas tricher. Faux semblant. Au pire on se querelle, au mieux on s'engueule. Tel le crapaud en rut, on cohabite. C'est ma colloque. Et en plus c'est moi qui l'aie choisie.

Pour des tas de raisons.

Car de l'amour, y'en a eu. Fort, longtemps. On aura mis plus de temps à détruire qu'à construire. On en aura traversé, des épreuves. On en a plein les albums photos, on a des cadres sur la cheminée. Notre enfant, le ciment du couple. Le bâtisseur de murs... Biologiquement ce n'était pas possible, alors c'est ensemble qu'on a terrassé l'adversité et qu'on a eu notre fille. Même s'il faut bien avouer que j'ai du déployer de l'optimisme pour deux et que s'il n'avait fallu compter que sur son seul défaitisme on aurait rapidement déposé les larmes.

Je ne regrette rien, j'ai tout vécu passionnément, j'ai tout fait pour resserrer nos liens encore et encore. Le bondage des sentiments. Mais là je n'en peux plus du tout, j'ai envie de souffler et de me rappeler à la vie. Et puis surtout, j'ai enfin osé m'avouer cette évidence que je pressentais depuis longtemps : je préfère les hommes. Comme tout le monde, j'ai essayé quand j'étais jeune et j'en garde un très bon souvenir, mais je pensais que ce n'était pas pour moi. Il est incongru de jeter des clous sur son propre chemin : votre vraie nature finit toujours par vous rattraper un jour ou l'autre, et vous regrettez alors d'avoir perdu votre temps. Mais ce coup ci c'est terminé, basta, j'arrête. Je vais seulement lui annoncer que je la quitte, ce sera déjà suffisamment éprouvant pour elle. J'attendrai un peu pour sortir du placard et lui avouer que je suis hétérosexuelle.
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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 11:00


Ce coup-ci, j'y coupe pas. C'est mon anniversaire. J'aime pas les anniversaires, tu vieillis autant que la veille mais tu prends un an d'un seul coup. Et puis ça ressemble à rien, ou pas grand-chose de ressemblant, de fêter son printemps en hiver.
J'ai même pas demandé à naître, on m'y a obligé. J'ai poussé mon premier cri un 11 février à 17h54, depuis je ne cesse de parler même quand je n'ai rien à dire. Il m'arrive même de n'avoir rien à dire et de ne pas le dire, juste pour faire parler.

Oh bien sûr, je vieillis. Certains diront "Mais non, tu deviens plus matûre, voilà tout". Les faux-culs... C'est vrai que je suis moins actif qu'avant. D'ailleurs on me regarde beaucoup moins, mais c'est humain. Tout ce qui est dégueulasse est humain.
Me plaindre ? Non, c'est juste la nostalgie, j'aime pas les anniversaires.

Mais j'ai quand même prévu de faire la fête. Toute la semaine, je vais essayer de vous faire des surprises.
Tiens, pour commencer, je vais vous ressortir des vieilleries, des photos de moi quand j'étais tout petit. Celles que j'aime, et que je montrerai à mes enfants si un jour ils me demandent à quoi je ressemblais au début...
Et puis vous pourrez ainsi voir le chemin (les progrès ?) parcouru.

Bon c'est pas tout ça, mais faut que j'aille préparer à manger pour demain, sinon vous risquez encore de vous plaindre que votre assiette est vide. Je vous laisse cliquer sur les diapos pour les faire défiler, ça vous fera de la (re)lecture .


Je m'appelle Stipe se laisse pousser le blog, et j'ai un an.





01_02-copie-1.gif
Une de mes premières dents, sortie bien avant ma naissance.




chips.jpg

Mon premier rot, sorti juste après ma première dent. Peut-être parce que je suis rotophile (comme on dit chez Black & Decker), cette éruction est une de mes préférées. Et je sais qu'une amie partage ce choix.




s-7dwarfs04.jpg
Ecrit pour la personne qui m'a poussé à naître et qui voulait que j'écrive des contes pour enfants...




http://www.atelierdecreationlibertaire.com/alexandre-jacob/wp-content/uploads/souriez-pif.jpg
C'est sur ce genre d'exercice que j'ai poussé mes premiers cris. Et puis cet inspecteur là, peut-être bien qu'il va nous ressortir un gadget dans pas longtemps...


http://3.bp.blogspot.com/_AsEcH6xGu6w/R5MR4VOoroI/AAAAAAAAAIg/gnC8F1Pcbc4/s320/pucesbricbracblog.jpg
Rien de tout ça ne serait sans tous ces petits riens...


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