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Qui Ça?

  • : Stipe se laisse pousser le blog
  • Stipe se laisse pousser le blog
  • : Je m'étais juré sur la tête du premier venu que jamais, ô grand jamais je n'aurais mon propre blog. Dont acte. Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser des commentaires dithyrambiques ou sinon je tue un petit animal mignon.
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La cour des innocents

La Cour des Innocents - couv - vignette

Dates à venir

- samedi 2 août, en dédicace à la Librairie Montaigne (Bergerac) de 10h à 12h

- samedi 30 août, en dédicace à la Librairie du Hérisson (Egreville)

- dimanche 9 novembre, en dédicace au Grand Angle dans le cadre du salon Livres à Vous de Voiron.

24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 15:31

 

 

- Tiens, toi qui es toujours con, tu nous racontes une histoire ?

- Ça tombe bien, j'en connais une nouvelle.

- Oh ben même une qu'on connaît déjà, de toute façon je me rappelle jamais la fin. Tiens, celle de la pute qui rote dans un ascenseur, je me souviens jamais de la fin !

- Ben justement, c'est ça la fin : elle rote.

- Ah ouais, ben je me rappelle jamais si c'est de la fin ou du début que j'me souviens plus. Du coup tu peux la raconter.

- Ouais mais là non, vu que je viens de te rappeler la chute. Tu vas forcément la connaître...

- Alors raconte que le début !

- Non, je vais te raconter une nouvelle que je connais.

- C'est avec une pute ?

- Non, mais elle est drôle quand même.

- Dommage, j'aime bien les histoires de putes dans un ascenseur. Bon allez, vas-y quand même, on t'écoute.

- Alors voilà, c'est l'histoire d'un mec qui rentre dans un café. Plouf !

- Ça commence bien !

- C'est fini.

- Quoi, comme ça ?

- Ben ouais. C'est l'histoire d'un mec qui rentre dans un café... Plouf !

- Il est inondé, ton café ?

- Mais non, mais un café ! Un café, quoi !!

- Ouais j'ai compris. Mais elle serait plus marrante si il rentrait dans une piscine.

- Enfin ça n'a rien à voir ! Là je te dis que c'est l'histoire d'un mec qui rentre dans un café, alors toi tu t'attends à un mec qui rentre dans un bistrot. Sauf que comme je dis "plouf !", tu comprends qu'en fait c'est un mec qui rentre dans un café. Mais maintenant que j'ai expliqué, c'est moins drôle.

- Mouais, difficilement... C'était déjà pas très drôle avant, hein.

- Mais si ! Ça l'est quand on la pige du premier coup.

- Ben t'avais qu'à dire qu'il rentrait dans un bistrot, et plouf ! Là j'aurais compris du premier coup.

- Mais ça n'aurait pas été drôle.

- Forcément que si, ça l'aurait été. Hein les gars ?

- Oh tu sais, moi, à part les histoires de putes...

- Moi j'ai pas entendu le début.

- Ben le début c'est qu'il rentre dans un bistrot inondé.

- Pas un bistrot inondé, bordel ! Un café !

- Ça marche. Un café toi aussi ?

- Mais non, je ne commande pas ! Tu vas pas t'y mettre aussi ! Ou alors une suze...

- Moi j'ai entendu le début mais je l'ai pas compris.

- Ben le début c'est que c'est un mec qui rentre dans un café.

- Alors c'est la fin que j'ai pas comprise.

- La fin c'est "Plouf !".

- Alors c'est le début que j'ai pas entendu.

- Bon. Je dis que c'est l'histoire d'un gars qui rentre dans un café. Vous vous attendez à l'histoire d'un type qui rentre dans un café, forcément !

- Forcément, puisque t'as dit que c'est l'histoire d'un gars qui rentre dans un café. On s'attend pas à ce qu'il sorte du cinéma.

- Voilà ! Sauf que au lieu de ça, le "Plouf !" fait comprendre qu'il rentre dans une tasse de café.

- ...

- ...

- Dans une tasse de café ? En gros, tu nous prends pour des cons ?

- Mais non, c'est la blague !

- C'est ça, c'est la blague qui nous prend pour des cons... Un mec qui rentre dans une tasse de café, ça existe pas ! Même un délinquant !

- Mais c'est de l'absurde !

- Ouais ben c'est de l'absurde qu'est farfelu, alors ! Parce que même en enlevant ses chaussures et la cuillère, ton gars il rentre pas. Ou alors il trempe juste un doigt. Mais dans ce cas faut être plus précis, faut dire "c'est l'histoire d'un gars qui rentre un doigt dans un café". Et là on comprend.
Et même, allez je vais te faire plaisir, en admettant que ce soit une tasse géante, ben le mec il sait que c'est chaud le café, alors il va rentrer progressivement et ça fera pas plouf comme t'essaies de nous faire gober.

- Ou alors sauf si on l'a poussé ?

- ...

- ...

- Dis donc, Bite-à-genoux, y'a un moment donné où faut choisir si t'es du côté de la raison ou du côté de la sagesse. Non parce que si toi ça te fait marrer les histoires de mecs qu'on pousse dans une tasse de café, ben tu t'associes avec le comique et vous montez un numéro. Mais faudra pas compter sur moi au moment de se marrer !

- Moi, même bourré, j'ai jamais vu un mec, même bourré, rentrer dans une tasse de café. Pourtant j'ai déjà vu des mecs rentrer dans le bistrot en mobylette, j'ai vu des mecs rentrer par derrière et sortir par erreur. J'ai vu plus de mecs y rentrer quand c'est fermé qu'en sortir quand c'est ouvert. J'ai vu des mecs rentrer à plat ventre et sortir sans toucher le sol. J'ai vu des mecs plonger dans l'alcool, d'autres y noyer leur chagrin. Mais des mecs rentrer dans une tasse de café, même pour faire marrer les potes, même dans du déca, même quand j'étais pas là, jamais ! Et pourtant, y'en a qu'avaient de l'élan, crois-moi ! Que je sois réincarné en cul de babouin si j'mens la vérité ! Alors je conteste pas, moi-même j'ai déjà foutu les pieds dans l'plat à l'occasion, mais dans une tasse, jamais je me serais permis ! Je le jure sur la tête de la bible !

- Ouais mais toi tu prends pas les gens pour des cons ! Enfin si, quand tu dis que t'as de quoi payer ta tournée, hein mon salaud ! Mais là c'est pas ton procès qu'on accuse, c'est celui des gens qui prennent les copains pour des cons.

- Mais arrêtez, c'est pas parce que vous n'avez rien compris que je vous prends pour des cons.

- Pourtant tu nous as bien dit que le mec rentrait dans une tasse de café. Vrai ou pas vrai ?

- Je l'ai pas dit comme ça...

- Alors ça c'est plus fort que de jouer au bouchon avec des pépitos dans la neige ! Tu dis qu'il rentre une tasse de café et tu dis qu'tu l'as pas dit ? Dis donc, la prochaine fois que tu veux pas le dire, ben dis le pas, on gagnera un voyage.

- Je laisse tomber...

- Ben j'y compte ! Manquerait plus que t'insistes !
Allez, c'est pas grave, ça peut t'arriver à tout le monde de pas être drôle. Tiens, pour te faire pardonner, mets la tienne et raconte nous voir l'histoire de la pute qui rote dans l'ascenseur !

- Bon... Ok... Alors c'est l'histoire d'une pute qui prend l'ascenseur...

- Voilà. Ça, ça commence bien !

 

 

 

 

 

 

bistrot

 

 

(illustration de l'inégalable Manu Larcenet)

 


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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 19:01

 

 

Bertrand (celui de la Martine Frangipane) m'a présenté à un auteur qui débute. Du moins il fait croire qu'il débute, il prétend que ça attire les meufs. Moi je crois qu'il a toujours écrit et que si c'était pas sur un blog, c'était au moins dans sa tête.

En vrai il s'appelle Faman mais il s'est déguisé en Armand Cervelas pour écrire des bétises sur l'endive dans l'émission des Amuses Gueulent.

Et ça, c'est rudement sympathique !

 

 

 

 

c1028m.jpg

- Ce Armand Cervelas, tout de même, qu'est-ce qu'il écrit bien !

- Toutefois, je me suis laissé dire que c'était un sombre trou du cul...

- Vous avouerez, Bertrand, que c'est un endroit qui est rarement éclairé !

- Ha ha ha, Martine, vous êtes incorrigeable.

 

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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 20:07

 

 

Bon sang, mais ils existent encore, eux ?

Bien sûr, qu'ils existent encore. La crise n'a jamais été autant sans précédent, et dans ces moments là on sait qu'on peut compter sur Martine et Bertrand pour nous remettre un peu de plomb dans l'aile !

 

 

 

 

c1028m.jpg

- Martine, j'ai écrit un livre pour les pauvres.

- Mais enfin, Bertrand, vous savez bien que ces gens là ne savent pas lire !

- C'est pas pour lire, c'est pour bouffer. Ah ah ah !

- Ah ah ah, Bertrand, vous êtes vraiment un incorrigible connard !

 

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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 19:28

 

Il a été. Il n'aura pas passé l'hiver, il est parti à l'automne de ses 86 printemps. 

Décidément, y'a pu d'saisons.

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Published by Stipe - dans Trucs du jour
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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 22:53

 

 

 

J'ai pris en main l'équipe des débutants y'a sept ans exactement. Jusqu'ici j'avais entraîné plutôt des juniors, mais je commençais à en avoir ras la frange de cet âge bête, de cet âge où on commence à affirmer sa virilité et à se comparer la taille de la bite à coups de crampons dans les genoux. Y'avait pas un match qui ne se terminait en baston générale, le score se calculait en dents de pétées et en points de suture encaissés. Alors je me suis dit que si je voulais continuer à transmettre ma passion, fallait que je retrouve un environnement plus sain, plus innocent : celui de l'enfance.
Quand, comme moi, vous êtes un passionné de foot, entraîner des gosses aussi jeunes et qui débutent peut se révéler être un projet assez ingrat. Pour eux, le foot c'est avant tout un jeu plus qu'un sport, et avant de leur apprendre à se démarquer ou à tirer un corner, vous devez leur expliquer qu'il ne faut pas prendre la balle avec les mains et leur apprendre à ne pas se casser la gueule en marchant sur le ballon. Malgré cela, j'ai rapidement pris mon nouveau rôle très à cœur et me suis réinvestis pleinement dans le partage, la transmission de savoir, et plein d'autres valeurs du genre, que seul le sport sait véhiculer.
Je dois avouer que pour cette semi-reconversion, j'ai bien été aidé par les gosses eux-mêmes. Dès la première année, j'ai adoré ces mômes. La plupart étaient inscrits par hasard, parce que dans un village comme le nôtre, le foot est la seule activité qu'on peut proposer à des mômes le mercredi le temps d'avoir la paix pour faire les vitres ou pour se faire tirer dans l'arrière boutique du charcutier. Pour celui qui a des prédispositions pour la guitare, pour celui qui est plutôt fait pour les sports individuels, pour le petit gros, pour le gosse de riche qui pourrait prétendre au club d'échecs, y'a que le foot qui s'offrait comme alternative. Tous arrivaient là par défaut, par fatalité et par les chemins de terre. Aucun n'avait choisi de faire du foot, mais tous y étaient contraints.
Pourtant, putain de pourtant, tous ont joué le jeu. Tous ont écouté l'entraîneur, lui ont fait confiance, tous m'ont considéré rapidement comme un grand frère, un père, un instituteur. Tous ces gosses, que rien ne prédisposait à partager un jour un carré d'herbe, se sont mis à adorer les entraînements et à attendre les jours de match avec la même impatience que le militaire attend le jour des putes.

Que je vous les présente. Y'avait le petit Vincent, un gosse qu'était fait pour courir vite, comme s'il fallait prouver que plus les jambes sont courtes, moins elles passent de temps à s'allonger. La seule chose qu'il avait de grand, c'était son short. Celui de sa sœur. Y'avait Tonio, le fils du maçon, j'invente rien par racisme. Il faisait tellement de conneries que j'avais fini par considérer ça comme une force. Y'avait Arnaud, de père facteur, de mère cocue. Une brêle comme jamais le foot n'en avait enfanté. Je l'adorais. Y'avait Cyril, qu'on appelait Boulet, en cause son aptitude à tirer fort et mal. Y'avait le gars Brancion, Julien, c'est sa grand-mère qui l'amenait à vélo, on rêvait tous d'avoir ses mollets. A sa grand-mère. Et Ricard, et Lolo, et Marc, et les autres. Pus que mes gamins, c'était. Les miens, leur mère les avait gardés pour des raisons que j'ai oubliées depuis, sûrement qu'elles valaient pas le coup que je m'en souvienne. Ces gosses là riaient. Ils s'amusaient à taper dans un ballon, et moi je signifiais quelque chose pour eux. Mes propres gosses, quand je les voyais, ils me tapaient du fric.
D'un point de vue sportif et comptable, ils prenaient des roustes. On jouait contre des équipes de paysans pires que nous, avec des baskets en bois, des gamins qui ont du duvet à 6 ans et qui vous abattent un chêne en le taclant. Ça jouait sur des terrains de betteraves, avec un abri à vélos d'un côté et 3 tuteurs à tomates attachés entre eux avec du crin, de l'autre. Comme qui aurait dit les buts. Les péquenots  pliaient mes gosses, on peut pas lutter contre le poil au mollet et la gnôle dans le biberon, à cet âge là. Ou alors c'était contre des gosses de riches, sur des terrains tondus avant le match par un type dont c'est le métier. Tout vêtus d'un équipement "acheté en magasin", pas d'un vieux survêt "qui craint rien". Ils cartonnaient mes gosses, on peut pas lutter contre l'éducation. A cet âge là, ni à n'importe quel autre.
Mes gosses de mon équipe, ils s'en foutaient un peu. Ils s'entassaient dans l'estafette du père à Tonio, assis sur des sacs de plâtre, ils ressortaient tout blancs et en toussant un peu. Ils prenaient leur raclée et ils repartaient en estafette et en souriant. Et en toussant.
Ca a duré sept ans, avec la même équipe ou tout comme. Ils grandissaient à leur rythme, évoluaient avec ce que leur contexte familial leur laissait comme choix, mais jouaient au foot avec le même toujours plaisir. Ils n'ont jamais gagné un match en sept ans, jamais. Quand ils prenaient moins de dix buts, ils avaient l'impression d'avoir bien joué, alors se racontaient leurs exploits à l'école. Moi je m'en foutais, je les savais capables, et de toute façon on y gagnait tous toujours un peu.

Alors ça devait quand même bien finir par arriver un jour.
On s'était inscrits au tournoi de Machin-sur-Rivière, comme tous les ans. Et tous les ans ils étaient contents d'avoir apporté leur pique-nique et d'être repartis avec une médaille. Tout le monde y avait droit, même nous, et c'était gratuit.
Cette année là, ils étaient en minimes et ils savaient qu'après le tournoi c'était les grandes vacances, puis le collège. Et donc l'éclatement géographique dans les moyennes villes alentour, et la dispersion de l'équipe. Alors ce tournoi, c'était déjà leur finale.
Toute la saison, ils avaient montré qu'ils pouvaient être moins ponctuels dans la rouste, disons qu'ils avaient parfois réussi à se contenter de perdre. Alors on s'était mis à y croire, tous, et on avait raison.
En arrivant à Machin, ils avaient l'air plus crédibles que d'habitude (aussi j'avais demandé au portugais de virer les sacs de plâtre) et ils m'ont donné cette drôle d'impression d'avoir changé pour de vrai, d'être en train de devenir des hommes, j'ai pas peur de le dire. On sentait qu'ils étaient concernés, qu'ils ne venaient pas en touristes et qu'ils visaient la coupe plutôt que la médaille. Ils avaient une niaque que jamais je ne leur ai vue, ça m'en a collé tout debout les poils des bras.
Dès la première minute du premier match, ils se sont mis en branle. Ils ont tiré sur les poteaux, ont manqué par deux fois de faillir marquer, ont provoqué un hors-jeu et ont pris 13-0. Puis 23-1 au deuxième match, ils étaient menés 14-0 à la mi-temps mais emportés par la routine, leurs adversaires ont marqué dans leur propre but après le changement de côté de terrain. 17-0 au dernier match, on remballe. Ils pleuraient, tous, à gros bouillon. Alors là, tout ce que j'avais accumulé depuis tant d'années, toute cette rancœur, cette frustration refoulée si longtemps, cette indulgence de fortune, tout est ressorti d'un coup. J'ai défoncé le visage de Cyril avec ses crampons, j'ai étouffé Arnaud dans l'herbe, j'ai planté le poteau de corner dans l'œil de Vincent après l'avoir violé, j'ai carré le gonfleur dans le cul de Ricard et j'ai pompé jusqu'à lui en faire sauter les yeux. Et ce que j'ai fait aux autres est consigné dans le dossier que vous avez sous les yeux. J'en pouvais plus de ces gosses, Monsieur le Juge, c'est pas humain d'être aussi nazes. Et la pauvreté n'excuse pas tout. La vérité c'est qu'ils étaient nuls et qu'ils puaient, voilà. Qu'un vestiaire de foot pue autant, c'est la logique, mais qu'il pue autant avant le match, vous allez pas me dire... C'était des mongols, des gros nuls condamnés à être des losers toute leur vie. Ils me faisaient gerber, voilà tout
Foutez-moi dans un trou à rats avec des violeurs, des pires salopards, des assassins, des mafieux. Mais faites en sorte que ce soit dans une prison où y'ait pas activité foot. Putain, pas foot...

 

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 13:47

 

 

 

La vibrerie de mon téléphone sonna entre le sixième et le septième orgasme que j'étais en train d'administrer à l'élue du jour. Une auvergnate pure souche, rencontrée sur un site de fesses. Je lui en collai trois autres pour la route, histoire de rester dans mes moyennes, et tandis qu'elle reprenait son souffle sur la commode, j'allai consulter ma messagerie tactile sur mon tout nouveau bijou, quintescence de la technicité et du must-have : un téléphone portable. Le SMS disait en ces termes : "Allo ? allo ? … Chef, c'est Poireau. Excusez-moi de vous déranger pendant Columbo, mais je viens d'être averti d'une sale affaire. On a retrouvé Cocotte-Minute pendu dans son appartement. Je suis sur les lieux du drame, c'est aménagé coquet. J'aime pas vous dire ce que vous avez à faire, mais magnez-vous de vous activer la rondelle. Poireau. Hercule Poireau".
C'était Hercule Poireau, mon fidèle sbire en second depuis pas mal de temps. Son écriture saccadée trahissait l'angoisse, je pense pas me tromper en affirmant qu'on était en présence d'une sale affaire.

Je suis l'inspecteur Pif Lechien. Vous m'avez sûrement connu dans des aventures telles que celle-ci ou peut-être cette autre là. J'officie au commissariat de Pontault-Combault, où je suis spécialisé en résolution de sales affaires. Toni Wessmuller, plus connu sous le nom de Cocotte-Minute pour son mode de cuisson de l'ennemi, venait d'être retrouvé pendu, dans son appartement coquet de la rue où il habitait. J'aime pas bâcler le boulot, pourtant j'avais dû laisser ma pêche du jour allanguie sur son lit, dans un état d'ébaubissement et d'extase proche de la syncope. Mais je suis un homme de plusieurs marins. Enfin, c'est une expression, parce qu'en vrai les marins c'est pas mon truc. J'ai le mal de mer et je dégobille à chaque coup.
J'entrai dans un taxi, m'assis sur la banquette et hélai le chauffeur, de type féminin : "Taxi ! 115 rue de la Moquette. Et n'ayez pas peur d'avoir le pied lourd, je suis sur une sale affaire !". La chauffeuse me dévisagea dans le rétro, elle me trouva bel homme et me dit "En voiture Simone !". Puis elle s'engagea vivement sur la route, écrasant au passage un livreur de pizzas.
" Je m'appelle Simone, m'apprit-elle.
- Pas moi", j'lui répondis. Y'a un temps pour la bagatelle et un temps pour tout. Et là, le temps tournait à l'orage. Je lançai le menton vers les palmes accrochées au rétro, du 39.
" Vous êtes plongeuse ?
- Si c'était un arbre magique qui était accroché, vous m'auriez demandé si j'étais bûcheron ?", me répondit-elle en s'y reprenant à deux fois pour écrabouiller un handicapé sur le trottoir. Son impertinence tenait de la femme de caractère. Donc séduisante. Mais tout Pif Lechien que je suis, j'avais quand même une sale affaire sur les bras. Je ne l'honorai donc que deux fois. Une fois sur la banquette arrière, au feu rouge, et une fois sur le capot, au feu vert. Arrivés devant chez Toni, je réglai les seize euros de ma course en lui tendant un billet de vingt. Elle me rendit un billet de cinquante. Elle avait le sens des affaires.

J'entrai dans l'appartement meublé coquet de Wessmuller. Ca grouillait de flics, comme pour une sale affaire. Y'a des uniformes qui ne trompent pas. J'accrochai mon pardessus à la patère que m'offrait la rigidité cadavérique de Toni. Poireau vint à ma rencontre et m'offrit sa croupe en signe de soumission. Je lui rendis le salut hiérarchique, puis il me lut mes droits : j'avais le droit de résoudre l'affaire, de dépecer la victime de ses biens, de torturer les témoins dans le but de leur soutirer de faux aveux et de présumer coupable les innocents. Puis ce fût au tour de Johnny Guitare, le tripier-légiste de me livrer son compte-rendu:
"La victime est de type mâle, en atteste l'odeur de ses pieds. Agée de 7 à 68 ans. Sa mort remonte au 21eme siècle. Une carie sur la prémolaire inférieure droite.
- A-t-on retrouvé des traces de viol dans ses urines ?
- On a analysé son slip et la seule chose qu'on puisse affirmer c'est que c'est un taille patron et qu'il se lave à 40°.
- Bon sang, qu'est-ce que ça peut signifier, tout ça ?
- Pas grand-chose, c'est du H&M, ça taille petit.

Poireau revint avec deux cafés.
- C'est lequel le avec-sucre ?
- C'est celui avec une cuillère.
- Mais y'a une cuillère dans les deux tasses.
- Oui, parce que moi je le prends sans sucre mais avec une cuillère.
C'était vraiment une sale affaire. A vous filer des aigreurs d'estomac, mais faut dire que je suis pas habitué à boire du café sans sucre.
- On a des témoins ?
- Non, mais on a une personne qui a assisté à la scène.
- Et c'est pas un témoin ?
- Non, c'est le coupable.
Putain, j'avais un coupable sur les bras et pas de témoin. Ca s'annonçait coton-tige, cette affaire.
Poireau me conduisit auprès du coupable, puis prit son mercredi. En fait on était lundi mais comme y'avait frites à la cantine le mercredi et qu'il voulait aller au rab, c'est pour ça.
Jack Bauer m'attendait dans la chambre de Cocotte-Minute. Cet enculé de Jack Bauer. Je dis "cet enculé", n'y voyez aucune taquinerie de ma part, mais le fait est que pendant ses quatorze années de taule, il s'était forgé la réputation de prendre trois douches par jour et de s'y laver surtout les pieds, si vous voyez ce que je veux dire… (si vous ne voyez pas, ben il se faisait enculer dans les douches, y'a pas d'autres mots !). On dit que si y'a que le train qui lui est pas passé dessus, c'est parce que la prison est mal desservie par la SNCF.


Jack Bauer était l'ennemi juré craché de Toni Wessmuller. Pendant toutes leurs années de service, ils se sont tirés la bourre. Ils ont courtisé les mêmes femmes, tué les mêmes flics et braqué les mêmes banques. Bauer était assis à une table, avec devant lui deux plateaux de jeu du Pendu. Bauer avait les bleus, le plateau des rouges était face à lui. Celui de Bauer montrait un pendu, il avait donc gagné une partie, c'est la règle qui dicte ça.
- Salut, enculé de Jack Bauer
- Salut, enculé de Pif Lechien.
Il devait dire ça par taquinerie, car j'ai jamais fait de taule et personne ne sait que j'ai fait du foot dans ma jeunesse.
- Alors comme ça on joue au Pendu ?
- Ça s'peut…
- Et on tue son petit camarade jeu ?
- Possible…
Le danger avec Jack Bauer, c'est qu'il a réponse à tout. La joute verbale s'annonçait des plus tirées à quatre couteaux.
- Et on aurait pas envie d'en faire une contre son ami Pif Lechien ?
- Faut voir…
La tension était à son compte, je voyais les gars du labo qui n'en menaient pas large devant un tel étalage de répartie.
- Ah ouais ?
- Ben ouais…
- Ah ouais ouais ?
- Ben ouais ouais…
Proche de l'apoplexie, Poireau profita de son évanouissement pour tomber dans les pommes. Moi-même je sentais que je commençais à sentir de sous les bras.
- Je te laisse choisir, tu prends quelle couleur ?
- Bleu.
- Alors non, c'est moi qui choisis. Je prends le rouge.
- OK, mais on va jouer avec les mêmes règles que pour ton ami Cocotte-Minute. On doit chacun découvrir un mot de 5 lettres. Et celui qui finit pendu finira pendu. Tu joues ?
- Faut voir…
- Je te laisse choisir le thème. Allez, dis oui !!
- C'est tentant… Ok, alors le thème sera "une partie de Pendu entre Pif Lechien qui a les rouges et Jack Bauer qui a les bleus". T'es toujours partant ?
- Faut voir…
- Allez, dis oui !!
- Ok, c'est parti.
Jack Bauer plaça ses lettres sur son chevalet. Moi de même, mais sur le mien. C'est la règle.
Bon, je vous passe les détails de la partie, mais à un moment donné on était tous les deux à une mauvaise réponse d'être pendu. Ça s'annonçait comme une sale affaire. C'était à moi de jouer et j'avais déjà trouvé P _ _ D U
- Alors Lechien, t'as qu'à dire au Pif !, qu'il éclata de rire
- Euh…
Son rire se mua en grimace à la con et il retourna une lettre. P E _ D U. C'était désormais du gâteau, d'autant qu'il en était à B A _ E R et que j'avais triché dans le choix de mon mot, qui ne respectait pas vraiment le thème, mais il n'en saurait jamais rien vu qu'il allait mourir, cet enculé ! Il réfléchit du front puis :
- Est-ce …
Ah le petit enculé ! Il m'avait eu dans les grandes largesses et venait de sauver sa peau.
B A S E R.
- A toi, Lechien. T'as pas le droit à l'erreur, maintenant !
- Tu me prends pour une saucisse ? Je propose le N.
Il éclata de rire, tourna la roue jusqu'à faire découvrir le pendu puis dévoila sa dernière lettre.
P E R D U.
- Et bien Lechien, tu sais lire, tu sais donc ce qu'il te reste à faire !
Bon joueur, je m'avouai vaincu.
- Ok Bauer, tu as gagné. Je me… PAN !
La balle vint se loger entre le genou et les yeux. En plein dans le foie. Il s'écroula par terre, comme une vieille chaussette molle. Il avait cru me la faire à l'envers ? A moi, Pif Lechien ? Des clous, oui !!
Tandis qu'il se vidait de son sang, Poireau lui vidait les poches. Il lui piqua sa petite monnaie et étudia sa carte d'identité.
- Bon sang, chef, c'était Jack Bauer !, ne m'apprit-il pas.
- Je sais, Poireau. Depuis le début je sais.
- Mais… comment ?
- C'est mon métier, mecton. Un jour peut-être tu seras balèze toi aussi.
Poireau m'admira en long, en large et de travers. Je le laissai à ses émotions et partis rejoindre ma proie du jour. Elle m'attendait, nue et offerte. Je lui fis le coup du pendu sur lequel elle vint accrocher son vison. Et tandis que j'étais pendu à ses lèvres, elle me demanda soudain si j'en avais pas un peu marre de résoudre des sales affaires. J'achevai de la faire jouir et lui avouai, sur le ton de la confidence :
- Tu as raison, il m'arrive parfois de ressentir la routine, ces histoires se terminent toujours de la même façon.
Et alors que je touchais l'orgasme du doigt, elle poussa un hurlement de plaisir qui partit se perdre par delà les toits, dans la nuit étoilée de Pontault-Combault.
La routine.

 

 

 


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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 10:59

 

 

Bonne année.

(ça, c'est fait)

 

 

Comme vous ne l'avez sûrement pas constaté si vous n'êtes jamais venu sur ce blog, celui-ci se meurt un peu. Si si, je le vois bien, il se meurt un peu.

 

Aussi, en ce début d'année que je vous souhaite bien bonne (mais franchement, hein, bonheur, santé, prospérité et tout ce qui va avec, je vous le souhaite, ça me fait plaisir), ai-je décidé (c'est pénible, à force, ces parenthèses interminables qui nous font perdre le fil de qu'est-ce que je disais déjà ?) de lui réinsuffler (au fromage) un semblant de vie.

Et pour ce faire, je vais utiliser ce bon vieux subterfuge bien connu des chanteurs sur le déclin, ou morts, et qui consiste à ressortir les vieilleries du placard : textes inaboutis, jugés insatisfaisants, non recopiés sur l'ordi, gardés sous le coude pour un concours auquel on a oublié de respecter le cachet de la poste faisant foi, terminés trop tard et donc hors actualité, et caetera (netta bella, tchi tchi).

 

 

Pour commencer la série, un vieux texte qui n'a jamais été publié car... je ne lui ai jamais trouvé de titre.

(et surtout la santé, car c'est le plus important).

 

 

 


 

 

Ah mais avec Fraise-Vanille, fallait nous voir à l'époque ! J'aime autant te dire que quand on montait à la cave, c'était pas pour compter les points sur les coccinelles ! Y'en avait toujours un pour tenir la coupelle à l'autre, et crois m'en que si t'avais pas les semelles en peau de plomb, tu repartais en embrassant les murs. Tiens, une fois qu'on avait couru la pleine lune avec Fraise-Vanille et Jo le Centrifuge, y'a la mère Brouette-à-bras qui nous avait tiré la couverture sur l'orteil, crois moi qu'on n'était pas restés pour vérifier la monnaie ! On avait rangé nos pieds en allumettes et on avait enfilé nos montres à décongeler les ampoules !
Et les gens qui disaient qu'on est juste bons à repeindre le clocher avec les cils ou à se graisser les oreilles au saindoux, ben on leur faisait visiter de la campagne, à ses mange-babouches ! C'que je veux dire c'est qu'on était pas du genre à épépiner les groseilles avant d'les faire cuire.
Pis un jour qu'on était chargés comme à un baptême, on a tiré une caisse à un gagne-sous et on a retourné du goudron jusqu'à la côte. A Melun, on a même été pris en maraude par les chasse-bonhommes. Jo le Centrifuge, qui avait le permis de conduire mal, leur a déposé un sac de cailloux, ils ont pas eu le temps de reconnaître leurs enfants qu'on était déjà sur la page suivante de l'atlas. En route on a cueilli deux lève-pouce, alors on a sorti les escargots de la coquille devant la salade, puis on les a jetées sans qu'elles puissent donner leur avis sur la météo. On a pioncé devant la pleurante, raides comme des cierges de Pentecôte. On a passé trois jours à brunir du biceps et on est rentrés en roule-ferraille. On n'avait pas perdu notre temps à découper les chevaux au couteau à huître, et Centrifuge nous avait tiré au compas les parallèles pour abîmer la boîte en double fer.
Et c'est habillés comme des Mickeys qu'on s'est pointés un matin et qu'on a demandé gentiment au menottant de service de nous ouvrir les coffres. Quand les tape-dur se sont radinés les képis, y'a une paie de ministre qu'on avait dressé la fuyante.
Mais un jour qu'il a fait nuit plus tôt que d'habitude, Vanille-Fraise, qui était pété comme une assiette au balltrap, a tout vomi aux oreilles qui trainaient. Jaloux comme des curés sans pain, des bavasseurs sont allés tout dupliquer aux tire-dans-le-tas. Ils sont venus nous escamoter du tiroir à matelas, nous ont collé les pièges-à-mains et direction les quatre murs des lamentations.
Depuis, on brosse les cafards en comptant le vide. Et tous ces perce-boyaux, ces vole-à-l'œil, ces fourgue-misère et ces brûle-la-vie, ils ont un langage en virages et des expressions en queue de cochon, on gagne vraiment pas notre temps à rien y caquer.

 

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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 17:28

 

(Benjamin il est encore pas content...)

 

 

 

 

Cher Père Noël à la con,



T'es vraiment qu'une crotte ramollie !
Ah tu peux te laisser pousser la barbe pour cacher ta sale gueule, moi je sais qu'elle cache un trou duc' de la mort.

L'année dernière, Stéphane Grabouillot m'en avait parlé à la récré du matin, il m'avait dit qu'à la Noël il avait eu des cadeaux qui étaient emballés avec le même papier cadeau que ceux d'à son anniversaire, alors qu'il s'était posé des questions en toute logique, et aussi il a dit que son grand frère avait déjà fouillé dans l'armoire de ses parents pour leur piquer de l'argent un jour et qu'il avait trouvé des cadeaux, ceux qui étaient exactement au pied du sapin quelques jours plus tard. Moi je me suis dit que c'était peut-être comme par hasard, surtout que Stéphane Grabouillot raconte toujours des trucs pas trop possibles. Un jour il m'avait dit comme ça qu'il avait vu son papa mettre son zobi dans la zobette de sa maman, et déjà c'est même pas vrai car c'est pas des endroits pour faire pipi alors je vois pas pourquoi il irait faire ça, sauf à avoir une bonne raison ou autre.

Et cette année, c'est Hélène Chapuis qui m'a dit que si je lui faisais un bisou sur la bouche elle m'expliquerait un secret. Moi comme j'ai des grandes cousines, j'ai déjà fait et je savais que je risquais pas d'attraper un bébé alors je lui ai fait direct un smack, même sans fermer les yeux. Du coup elle m'a avoué toute sa vérité comme quoi une fois à Carrefour, d'un coup son père il s'était mis à dire "Ah zut, comme par hasard j'ai oublié un truc, je reviens…" et quelques minutes après elle l'avait vu passer à une caisse avec la poupée qu'elle avait justement commandée pour Noël, celle qui parle et qui pète, sauf quand y'a plus de piles.

Ça t'étonne ce que je te raconte là, tête d'ampoule ? Non, ça peut pas t'étonner.

Alors moi du coup je me suis méfié. Et la nuit de Noël, après qu'on s'est couchés j'ai vu la lumière s'allumer dans la chambre de mes parents. Ils sont venus vérifier si je dormais alors j'ai fait semblant que oui puis je suis descendu discrètement et je les ai vus déposer tous les cadeaux au pied du sapin.
Maintenant je sais tout, espèce de clochard ! J'ai tout compris : en vrai, c'est pas toi qui distribues les cadeaux, tu fais faire tout le boulot aux parents. Tu les fais bosser un jour où normalement ils vont pas au travail, un jour fait-rien. Et après je suis sûr que tu les rembourses que sur présentation des justificatifs. Et toi pendant ce temps tu fous rien, tu regardes des vidéos dans ton lit avec les lutins qui te massent les pieds. Capitaliste ! Fasciste !

Alors écoute-moi bien, bâtard de merde, l'an prochain t'as intérêt à ce que ce soit toi qui viennes faire la livraison. Y'a intérêt à ce que je voies ton traineau sur le parking de l'immeuble. Sinon, quand je te vois faire des photos dans le centre commercial de Carrefour, je te fais une prise de catch et je crève tes rennes. T'as compris, mecton ? Je plaisante pas.

Veuillez agréger, cher Père Noël en carton, la salutation de ma distinction tu peux te la coller où je pense.

 

 

 

Benjamin (classe de Madame Berthelot) (j'ai redoublé)

 

 

p.s. : et si tu vois la petite souris, dis lui qu'elle a intérêt à me filer un billet plutôt qu'une pièce de un euro, sinon je lâche les chats sur elle.

 

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Published by Stipe - dans Epistolaire
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14 décembre 2010 2 14 /12 /décembre /2010 11:43

 

 

 

Je suis dans une immense prairie, l'herbe est haute et me caresse les chevilles, un souffle naissant et chaud incline subtilement les brins qui se déclinent en nuances de vert, la couleur de l'espoir, et ce dégradé s'estompe pour laisser la place à une vaste étendue d'un blanc pur, l'immaculé du champ de coton que je traverse maintenant et dans lequel chacun de mes pas fait voleter des houppes laineuses qui frôlent mon visage et chatouillent mon échine tandis que mes oreilles commencent à percevoir une musique lointaine, la mélopée feutrée des violons que rejoignent soudain les arpèges s'un piano qui joue ma chanson préférée, celle que j'imagine écrite juste pour moi, celle dont les notes me murmurent des choses que personne d'autre ne peut comprendre et qui fait s'ébattre les oiseaux dans un ciel bleu comme c'est pas permis et dans l'horizon duquel passe un troupeau de chevaux au galop, des chevaux de Camargue sûrement, et aussi des gazelles bondissantes et aériennes qui s'arrêtent pour s'abreuver à un ruisseau sinuant parmi les coquelicots dont l'odeur des pétales rappelle un orage de printemps, au tumulte évoqué par le grondement d'un volcan lointain et dont la chaleur mêlée à celle du soleil brûle l'épiderme et donne les mains moites, et aussi des fourmillements dans les pieds quand aux grognements de l'éruption qui couve s'ajoutent les riffs d'une guitare électrique, les martellements d'une grosse caisse tels ceux d'une batterie de DCA, qui m'amènent à visionner des images tristes, contrastantes, celles de bombardements en temps de guerre, de famine dans le monde, de troisième tiers et de grèves dans les transports en commun un jeudi avec des communistes qui battent le pavé comme un cœur qui bat à en exploser derrière mes paupières closes, mais lorsque je rouvre les yeux, le ruisseau a grossi, est devenu mer, puis océan, la musique s'accélère au rythme des vibrations causées par la course affolée de quelques éléphants foulant le rivage et éclaboussant le sable des premières gouttes des vagues annonciatrices d'une marée montante et que rien n'arrête, d'autant que la musique se fait insistante et assourdissante, et avant que le tsunami ne me submerge une question évidente m'apparaît brutalement, dont l'imminence de la réponse ne survivra pas une seconde de plus, et avant d'être emporté par le cataclysme je demande dans un spasme lucide : "Tu avales ou tu préfères tout dans les cheveux ?".
Un déchirement, un vide, une porte qui claque. Puis une secousse sismique, une délivrance, le néant. J'envoie tout sur le mur, une seconde salve crible le linoléum avant qu'une dernière réplique ne vienne postillonner sur mes doigts de pieds.

 

 

 

Elle aurait peut-être préféré tout sur les seins.

 

 


 

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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 14:40

 

 

 

"Scandaleux", "inadmissible", "honteux", "je comprends pas".
C'est ce que j'entends partout depuis deux jours, dans mon poste de radio, à la machine à café, à la boulangerie, au pied de mon mur Facebook. On ne tolère pas qu'un SDF soit encore mort de froid cette nuit. Le peuple en a marre ! Et il hurle à l'injustice. Ça dénonce.
Je déconne ! On s'en tamponne la chapka avec une pelle à neige, de ce clochard qui pue, qui boit, qui a choisi de vivre en marge de la société. Non non, en fait je parle de la neige. Le truc blanc qui tombe du ciel quand il fait froid et qui emmerde tout le monde. Car oui, la neige ça emmerde tout le monde. Et régulièrement c'est le même foin, la même galère à chaque fois, en région parisienne, quand il tombe 10 centimètres de neige, tous les 23 ans. Bon, je vais pas taper gratuitement sur les parisiens qui ont été immobilisés une demi-journée à cause de quelques centimètres de neige tandis que moi dans ma montagne, faut nous y voir comment qu'on n'a même pas peur quand on se prend des 50-60 centimètres sur le coin de la truffe. Non, je ne m'abaisserai pas à cette facilité bien tentante. Premièrement parce qu'on n'a pas besoin d'attendre 23 ans et des intempéries exceptionnelles pour constater que le parisien est un pauvre con. Et puis deuxièmement, parce que tous "montagnards" qu'on est, ben on est quand même bien dans la mouise quand on se prend nos 50 centimètres de poudreuse sur le coin des routes. Et oui, aussi surprenant que cela puisse paraître, personne n'a encore vraiment réussi à éradiquer le problème des transports par temps de neige. Et là où le problème se mesure à 10 centimètres à Paris, il apparaît à partir de 30 centimètres chez moi et se manifeste sûrement dès les 70 premiers centimètres au Québec. On a beau avoir des services de voierie aguerris, compétents et préventifs, on a beau avoir des pneus neige et maîtriser la conduite façon trophée Andros, il n'en reste pas moins qu'au moment où cette pute de neige tombe en abondance, ben elle empêche de se déplacer de façon… "normale".
Et c'est bien là qu'est l'origine de notre colère. A l'heure de l'internet sans fil du 21eme siècle qui déboite tout et permet de montrer instantanément à tous ses amis comme notre jardin est joli sous ce duvet blanc, on n'admet pas que des putains de flocons de neige puisse nous empêcher d'avoir le même rythme de vie que d'habitude, celui de quand il ne neige pas. Alors on râle, on lève un poing revindicatif, on s'en prend à "ils". "Ils", on sait jamais trop qui c'est. C'est les autres. Les cons. Pas nous, quoi. "Ils pourraient déneiger, ces cons là", "ils auraient pu prévenir", "ils pourraient nous apporter des couvertures et du café chaud", "ils font chier".
C'est "ils", c'est jamais "nous". Et encore une fois, je vais pas cracher sur ces abrutis de parisiens qui n'ont pas attendu mes brillantes démonstrations pour l'être, abrutis. Non, je vais me contenter de cracher sur mes cons à moi, ceux qui m'entourent.

La semaine dernière, donc, on s'est pris un coup de 40 centimètres. Je veux dire d'une traite, en l'espace d'une journée. Comme dit précédemment, on a beau être habitués, équipés, prévenus, il n'empêche que quand ça tombe, ben on roule au ralenti, on dérape, on se retrouve bloqués et au final c'est la pagaille (même si le mot "pagaille" paraît plus compliqué à prononcer par ce connard d'Hortefeu que le mot "racaille", mais je reviendrai sur ce connard d'Hortefeu plus tard). Et au final, ben on vaut guère mieux que ces cons de parisiens avec leur 10 centimètres. Et je "nous" ai entendus pester, j'ai entendu les mots "inadmissible", "scandaleux", je "nous" ai entendu râler après "ils". Et en parlant avec ces "nous" là, on s'aperçoit que beaucoup ne sont finalement pas équipés en pneus neige, qu'aucun ne s'est proposé de faire du co-voiturage en se disant que moins y'aurait de voitures sur la route, peut-être que mieux ce serait… Je "nous" ai entendus nous plaindre parce qu'on avait mis 45 minutes (au lieu de 15) pour emmener le petit au judo pour qu'en arrivant au gymnase on se rende compte que le cours était annulé. J'ai vu une voiture doubler une camionnette - cette première jugeant certainement qu'elle pouvait atteindre les 15 km/h là où la camionnette se traînait à 10 à l'heure - et aller s'encastrer dans une porte de garage quelques mètres plus loin. J'ai vu "notre" voisin déneiger son allée pendant une trentaine de minutes, trentaine de minutes pendant laquelle il a laissé tourner le moteur de la voiture "pour la chauffer et faire fondre un peu la neige qui est dessus", puis faire l'aller-retour (à 10 à l'heure, comme les autres) jusqu'à la poste qui se situe à 1 kilomètre de là…
Je "nous" ai vus refuser la réalité. Que la neige puisse avoir raison de "nous", à cause de "ils".
Et je crains qu'on connaisse encore pas mal de déconvenues tant qu'on pensera qu'"ils" peuvent et qu'"ils" doivent tout faire pour que "nous" puissions aspirer à la normalité en toutes circonstances, même exceptionnelles…

Peut-être que si on pouvait recycler l'énergie que "nous" mettons à trouver qu'"ils" sont des cons sans se demander si nous ne le sommes pas autant, ben sûrement qu'on aurait de quoi produire assez de chaleur pour faire fondre cette pute de neige qui fait exprès de nous embêter par pure méchanceté.


Mais quand même, "ils"…
Je ne parle pas là de ces grosses feignasses des services de voierie, de ces alcooliques de flics qui ne mettent pas en place les bonnes déviations ni de ces fils de putes de Météo France qui font rien qu'à toujours se tromper. Non, je parle simplement de ces connards de politiques.
Qui, s'il me paraît évident qu'ils ne peuvent avoir la réponse à tous les problèmes, me semblent néanmoins assez balèzes dans ces moments là pour en rajouter à l'ambiance.
On a tout d'abord eu ce connard d'Hortefeu, donc. Vous savez, le type qu'a réussi à parcourir 100 mètres en voiture en pleine tempête de neige et qui a cru bon d'estimer, fort de son expérience extrême, que tout allait bien. Qu'il n'y avait pas de pagaille. "Vous inquiétez pas, on gère". Bon, comme c'est un gars honnête, le Hortefeu, il a tout de même consenti à lâcher que oui, d'accord, c'est vrai, c'est un peu le bazar sur les routes inclinées. Faut savoir que là où on parle de "routes inclinées" à Paris, par chez moi on parle de "cols" ou de "dénivelé". Mais c'est pas ça qui change grand-chose au caractère sarcastique du propos, hein. C'est juste qu'il est en train de nous dire que par exemple, l'été quand il fait chaud, et ben en vrai il fait pas chaud. Sauf au soleil. Et quand il pleut, ben en fait si on est à l'abri, ça va, on n'est pas mouillés.
En gros, il se fout de notre gueule. Il se fout d'autant plus de notre gueule qu'il est revenu assez rapidement sur ses propos en disant, en gros, qu'à l'heure où il avait nié l'évidence ben il ne savait pas encore que l'évidence serait aussi flagrante. Il a pas eu d'chance, quoi. Chez ce connard d'Hortefeu, il en va des centimètres de neige comme des bougnoules  auvergnats : quand y'en a un, ça va, c'est quand y'en a plusieurs que ça pose des problèmes.
Après ce connard d'Hortefeu, on a eu droit à ce connard de Fillon. Qui a joué sur une autre corde du foutage de gueule. Faut dire qu'on a une belle bande de harpistes, capables de jouer toutes les notes du foutage de gueule sur une foultitude de cordes. Et un chef d'orchestre qui maîtrise le pipeau, capable de jouer la partition du célèbre "Je veux, si je suis élu président de la République, que d'ici à deux ans plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid" sans regarder ses doigts et sans frémir du sourcil.
Mais revenons-en à ce connard de Fillon, qui contrairement au connard d'Hortefeu, a été contraint d'admettre que c'était un peu la pagaille, mais qui s'est tout de suite défaussé sur Météo France, l'accusant de ne pas avoir mesuré l'ampleur du phénomène imprévisible. On apprend aujourd'hui que c'était un mensonge, que Météo France avait bel et bien émis un bulletin d'alerte, et il a pourtant souvent été reproché à Météo France par le passé d'être, au contraire, trop alarmiste. Et quand bien même ils se seraient réellement trompés et auraient "sous-estimé" l'ampleur de ces chutes, qu'est-ce que cela aurait changé que le gouvernement soit averti des vrais risques ? Ils auraient chauffé les gymnases un peu plus tôt ? Ils auraient nivelé les rues inclinées ? Ils auraient fabriqué des chasses-neiges supplémentaires dans la journée et importé du sel de Guérande pour s'assurer que pas un flocon ne persiste sur les routes, à aucun moment, et que le travailleur français puisse rentrer chez lui dans les mêmes conditions qu'en plein été ? Non. Au mieux ils auraient pu faire en sorte que la situation soit moins pire, mais dans tous les cas elle n'aurait pu être évitée. Mais "nous" avions envie qu'on nous donne un coupable, un nom, alors ce connard de Fillon nous l'a donné.
Si la connerie était de droite, ce serait bien plus simple : il suffirait de ne surveiller qu'un seul côté et on s'éviterait d'être pris par revers. Mais la connerie vient de partout. Et quand vous regardez le connard qui vient de droite, vous vous faites percuter par la connasse venant de gauche. Et pourtant, elle manie l'avertisseur sonore et l'appel de phares comme personne... Ainsi, cette connasse de Ségolène a-t-elle jugé opportun de surenchérir dans la débauche de connerie nivale. Non seulement elle "nous" a elle aussi trouvé le coupable (le gouvernement), mais elle a exigé de lui qu'il s'excuse publiquement devant les français. Quel courage ! Quelle fougue ! Quelle prise de risque ! "Allez, dis pardon pour la neige devant toute la classe !".
Ou comment faire d'une rue inclinée une piste noire.
La pente est peut-être raide, la route peut-être droite, mais la neige provoque quand même des dérapages… Et au final, de "nous" ou de "ils", je ne sais pas lesquels sont les plus givrés, dans quel camp se situent vraiment les cons gelés.


Ils annoncent 2m50 de neige pour ce soir. J'ai peur qu'ils soient un peu alarmistes, mais je préfère me méfier quand même. Ca m'arrange pas, faut que j'aille à Ikea, j'ai prévu de fixer une étagère ce week-end. Je vais quand même prendre une couverture et une thermos de café, au cas où. J'espère seulement que je serai rentré pour le JT de 20 heures. Avec un peu d'bol on y annoncera qu'on a retrouvé un clodo crevé sous un pont, ça me réconfortera. Un noir, de préférence, pour rendre ma colère encore plus légitime.
J'aime savoir qu'il y a plus malheureux que moi et que finalement j'ai de la chance de posséder une voiture dans laquelle rester coincé quand il y a 10 centimètres de neige.

 

 

 

 

Après l'écriture de ce billet, je suis tombé sur cet article. C'est mieux écrit, ça explique un peu mieux le fond de ma pensée et celui de l'air qui est frais.. Démerdez-vous.

 

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Published by Stipe - dans Humeur
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