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Qui Ça?

  • : Stipe se laisse pousser le blog
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  • : Je m'étais juré sur la tête du premier venu que jamais, ô grand jamais je n'aurais mon propre blog. Dont acte. Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser des commentaires dithyrambiques ou sinon je tue un petit animal mignon.
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La cour des innocents

La Cour des Innocents - couv - vignette

Dates à venir

- samedi 2 août, en dédicace à la Librairie Montaigne (Bergerac) de 10h à 12h

- samedi 30 août, en dédicace à la Librairie du Hérisson (Egreville)

- dimanche 9 novembre, en dédicace au Grand Angle dans le cadre du salon Livres à Vous de Voiron.

11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 00:01

 

(1ere partie par ci)



Du temps où je le connaissais encore, mon père prenait des cours de danse country à la ville. C'est à la sortie d'un de ses cours que je suis allé le rencontrer, seize ans plus tard. Il n'avait pas vraiment changé, disons que j'avais quitté un père et que je retrouvais un grand-père de deux enfants. Il n'a pas paru plus surpris que ça. Il m'a demandé comment j'allais, j'allais bien. Il allait bien aussi. On est allés prendre un café dans un bar. Je lui ai demandé des nouvelles de ma mère. Elle végétait dans la déprime depuis ma disparition. Je n'en attendais pas autre chose. Elle passait son temps à ruminer, à chercher, à ne pas comprendre. Mais chercher quoi ? Pour comprendre quoi ?
Lui, il ne m'a pas posé de questions, il m'a simplement demandé si j'avais quelqu'un. Je lui ai demandé si ça avait de l'importance. Il a considéré que j'avais donc effectivement quelqu'un.
 -  Une femme ?
 -  Ça a de l'importance ?
Il a admis que non, et que c'était donc un homme. C'est tout. Mon père n'a jamais cherché à juger, ni même à comprendre. Il se contente des faits et les accepte.
Moi, gay ? Pourquoi pas, après tout. Ça expliquerait  bien des choses, non ? Ça impliquerait une certaine logique dans les événements. Alors va pour le fils homo ! Que son fils soit gay, converti ou ennemi public n°1, mon père s'en tamponne, "plus rien n'est étonnant dans la société d'aujourd'hui !". Du moment que ça ne cause pas du raffut  et que ça ne le met pas en retard pour le dîner. Je lui ai demandé de ne pas en parler à la vieille, par pure formalité, car la dernière chose qu'il désirait c'était bien que la mère soit au courant que je l'avais revu. Avant ça, il avait accepté le rendez-vous que je lui avais fixé.

Certains diront que j'ai accumulé les échecs amoureux, d'autres que j'ai profité. A ceux là, je ne peux pas vraiment donner tort. Je n'ai rien calculé, j'ai pris les choses comme elles venaient, et les aie rendues à leurs mères quand je partais. Depuis déjà quelques temps, je suis avec une nana, une "p'tite jeune", diraient les miens. Je les connais. Je n'affirmerais pas que ça pourrait être ma fille, j'ai eu mon compte de gosses. Mais disons simplement qu'on n'a pas fêté nos vingt ans le même jour...
C'est sur internet que j'ai retrouvé Florian. Les jeunes s'affichent sans vergogne, sur des réseaux sociaux, et lui, il affichait son numéro de portable sans retenue. Je l'ai appelé en semaine, pendant les heures de cours. Il a décroché illico, numéro inconnu ou pas. Sale gosse... Il a pris note du rendez-vous, et nous voilà à notre première rencontre.

Je suis arrivé en retard, j'ai pris le temps de les observer de loin. Ils fument tous les deux et ont des looks qui en disent long sur l'éducation qu'on leur a donnée. Je constate, c'est tout. Mais je ne constate pas que du joli. J'entre dans le bar et, à en croire leur soudaine pâleur, ils me reconnaissent aussi sec. Ils attendaient des infos sur leur père, ils ont compris qu'ils allaient en avoir. Je m'installe face à eux et ils me donnent du "bonjour papa". Je ne sais pas si l'idée que c'est la première fois qu'on m'appelle papa leur a traversé l'esprit. Je leur réponds sobrement "salut les gars" et leur commande une autre bière. Je m'en serais bien pris une mais je demande un Perrier, je ne veux pas qu'ils me considèrent comme leur pote.
Le temps que le serveur nous apporte nos consommations dure une éternité et demi. J'imagine que tous les sentiments leur passent par la tête, mais ils sont grands et ont de mon sang qui oxygène leur cerveau, alors ils gardent les règlements de compte pour une autre fois. Car j'imagine qu'ils supputent que cette rencontre est le début de mon retour dans leur vie. S'ils savaient...
On s'échange des banalités, des "comment ça va ?", "vous avez changé", "t'es comme sur les photos", et ils avouent que c'est cool de me revoir. Trop cool, oui. On boit assez rapidement, le temps passé à tremper nos lèvres dans nos verres, on ne le passe pas à les ouvrir pour ne rien se dire d'intéressant. Puis je leur propose le rendez-vous, le même qu'à leur grand-père : sur la place de mon village, en face de l'église, dans cinq jours. Ils y seront à l'heure précise et promettent que leur mère n'en saura rien. Ils me disent au revoir, je pense adieu.

Cette putain de maladie aura mis le temps mais elle aura fini par me faire la peau. Ce soir, je vais prendre mes médicaments, comme chaque soir depuis seize ans. Mais ce soir je ne respecterai pas les doses prescrites par le docteur, je prendrai la boîte entière. Et une bouteille de whisky, un peu pour la frime, mais surtout pour être sûr. Demain, Nathalie retrouvera mon corps et je serai enterré mardi, j'ai pris mes dispositions. Dans cinq jours. Mon père et mes fils vont se retrouver sur la place de mon village, je peux imaginer leur stupéfaction de se rencontrer à cet endroit, à cet instant. Puis le corbillard transportant mon corps arrivera sur la place, un mauvais pressentiment les envahira. A eux trois, ils devraient avoir la présence d'esprit de s'approcher. J'ai demandé à ce que personne ne soit prévenu de mon décès, alors ils seront obligés de demander au curé ou de lire l'avis de décès sur la porte de l'église, je ne sais pas comment ça marche, je n'ai pas l'habitude d'être enterré.
Les jours suivants, ils se renseigneront, ils apprendront sûrement que j'étais condamné. Quand le docteur m'avait appris pour ma maladie, il m'avait demandé si j'avais des enfants, j'avais répondu que non. Mais je sais qu'il y a des chances pour que mes fils aient hérité de cette saloperie. Et qu'ils en crèveront à leur tour. Ou pas.
Dans tous les cas, je pars en leur laissant à mon tour un drôle d'héritage.



Fin

 

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Published by Stipe - dans Nouvelles
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commentaires

birdman 13/04/2010 18:14


Salut Stipe. Dis-moi, tu n'aurais pas écrit ça pour un concours de nouvelles, des fois? Parce que je viens d'en finir une qui commence pareil... J'ai fait dans le cynique, mais pas autant que toi !
Tu n'y es pas allé de main morte ! Bon, on se voit à la remise des prix? ;o)


Stipe 13/04/2010 18:18



exact, Fat Freddy !


pour la remise des prix, le mieux sera encore que tu me montres les photos que tu auras prises... :p



Mrs D. 12/04/2010 08:20


Quand tu t'y mets toi, tu rigoles pas...


Stipe 12/04/2010 09:23



ça se saurait :p



Thierry Benquey 11/04/2010 13:12


L'est mort comme il a vécu : seul. On se refait pas.
Amitié
Thierry


Stipe 12/04/2010 09:23



comme un con, quoi...



Madame Olson 11/04/2010 02:29


Dit , c'est a quelle heure l'enterrement ? faut emmener des fleurs ? un couteau ? du vallium ?


poupoune 11/04/2010 00:23


c'est bien, c'est important de laisser un souvenir avant de partir... et puis c'est mieux qu'une table en chêne qui rentre pas, même en morceaux, dans le F2, ou qu'une urne pleine de poussière
qu'on n'ose pas planquer au fond d'un placard et qu'on renverse régulièrement, en éparpillant papa à chaque fois, parce qu'on sait pas où la foutre et qu'elle est jamais au bon endroit.
ouais, non, c'est sympa.


Stipe 12/04/2010 09:22



et pis y'a pas de frais de notaire dessus, c'est important aussi.