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Qui Ça?

  • : Stipe se laisse pousser le blog
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  • : Je m'étais juré sur la tête du premier venu que jamais, ô grand jamais je n'aurais mon propre blog. Dont acte. Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser des commentaires dithyrambiques ou sinon je tue un petit animal mignon.
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La cour des innocents

La Cour des Innocents - couv - vignette

Dates à venir

- samedi 2 août, en dédicace à la Librairie Montaigne (Bergerac) de 10h à 12h

- samedi 30 août, en dédicace à la Librairie du Hérisson (Egreville)

- dimanche 9 novembre, en dédicace au Grand Angle dans le cadre du salon Livres à Vous de Voiron.

6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 13:47

 

 

 

La vibrerie de mon téléphone sonna entre le sixième et le septième orgasme que j'étais en train d'administrer à l'élue du jour. Une auvergnate pure souche, rencontrée sur un site de fesses. Je lui en collai trois autres pour la route, histoire de rester dans mes moyennes, et tandis qu'elle reprenait son souffle sur la commode, j'allai consulter ma messagerie tactile sur mon tout nouveau bijou, quintescence de la technicité et du must-have : un téléphone portable. Le SMS disait en ces termes : "Allo ? allo ? … Chef, c'est Poireau. Excusez-moi de vous déranger pendant Columbo, mais je viens d'être averti d'une sale affaire. On a retrouvé Cocotte-Minute pendu dans son appartement. Je suis sur les lieux du drame, c'est aménagé coquet. J'aime pas vous dire ce que vous avez à faire, mais magnez-vous de vous activer la rondelle. Poireau. Hercule Poireau".
C'était Hercule Poireau, mon fidèle sbire en second depuis pas mal de temps. Son écriture saccadée trahissait l'angoisse, je pense pas me tromper en affirmant qu'on était en présence d'une sale affaire.

Je suis l'inspecteur Pif Lechien. Vous m'avez sûrement connu dans des aventures telles que celle-ci ou peut-être cette autre là. J'officie au commissariat de Pontault-Combault, où je suis spécialisé en résolution de sales affaires. Toni Wessmuller, plus connu sous le nom de Cocotte-Minute pour son mode de cuisson de l'ennemi, venait d'être retrouvé pendu, dans son appartement coquet de la rue où il habitait. J'aime pas bâcler le boulot, pourtant j'avais dû laisser ma pêche du jour allanguie sur son lit, dans un état d'ébaubissement et d'extase proche de la syncope. Mais je suis un homme de plusieurs marins. Enfin, c'est une expression, parce qu'en vrai les marins c'est pas mon truc. J'ai le mal de mer et je dégobille à chaque coup.
J'entrai dans un taxi, m'assis sur la banquette et hélai le chauffeur, de type féminin : "Taxi ! 115 rue de la Moquette. Et n'ayez pas peur d'avoir le pied lourd, je suis sur une sale affaire !". La chauffeuse me dévisagea dans le rétro, elle me trouva bel homme et me dit "En voiture Simone !". Puis elle s'engagea vivement sur la route, écrasant au passage un livreur de pizzas.
" Je m'appelle Simone, m'apprit-elle.
- Pas moi", j'lui répondis. Y'a un temps pour la bagatelle et un temps pour tout. Et là, le temps tournait à l'orage. Je lançai le menton vers les palmes accrochées au rétro, du 39.
" Vous êtes plongeuse ?
- Si c'était un arbre magique qui était accroché, vous m'auriez demandé si j'étais bûcheron ?", me répondit-elle en s'y reprenant à deux fois pour écrabouiller un handicapé sur le trottoir. Son impertinence tenait de la femme de caractère. Donc séduisante. Mais tout Pif Lechien que je suis, j'avais quand même une sale affaire sur les bras. Je ne l'honorai donc que deux fois. Une fois sur la banquette arrière, au feu rouge, et une fois sur le capot, au feu vert. Arrivés devant chez Toni, je réglai les seize euros de ma course en lui tendant un billet de vingt. Elle me rendit un billet de cinquante. Elle avait le sens des affaires.

J'entrai dans l'appartement meublé coquet de Wessmuller. Ca grouillait de flics, comme pour une sale affaire. Y'a des uniformes qui ne trompent pas. J'accrochai mon pardessus à la patère que m'offrait la rigidité cadavérique de Toni. Poireau vint à ma rencontre et m'offrit sa croupe en signe de soumission. Je lui rendis le salut hiérarchique, puis il me lut mes droits : j'avais le droit de résoudre l'affaire, de dépecer la victime de ses biens, de torturer les témoins dans le but de leur soutirer de faux aveux et de présumer coupable les innocents. Puis ce fût au tour de Johnny Guitare, le tripier-légiste de me livrer son compte-rendu:
"La victime est de type mâle, en atteste l'odeur de ses pieds. Agée de 7 à 68 ans. Sa mort remonte au 21eme siècle. Une carie sur la prémolaire inférieure droite.
- A-t-on retrouvé des traces de viol dans ses urines ?
- On a analysé son slip et la seule chose qu'on puisse affirmer c'est que c'est un taille patron et qu'il se lave à 40°.
- Bon sang, qu'est-ce que ça peut signifier, tout ça ?
- Pas grand-chose, c'est du H&M, ça taille petit.

Poireau revint avec deux cafés.
- C'est lequel le avec-sucre ?
- C'est celui avec une cuillère.
- Mais y'a une cuillère dans les deux tasses.
- Oui, parce que moi je le prends sans sucre mais avec une cuillère.
C'était vraiment une sale affaire. A vous filer des aigreurs d'estomac, mais faut dire que je suis pas habitué à boire du café sans sucre.
- On a des témoins ?
- Non, mais on a une personne qui a assisté à la scène.
- Et c'est pas un témoin ?
- Non, c'est le coupable.
Putain, j'avais un coupable sur les bras et pas de témoin. Ca s'annonçait coton-tige, cette affaire.
Poireau me conduisit auprès du coupable, puis prit son mercredi. En fait on était lundi mais comme y'avait frites à la cantine le mercredi et qu'il voulait aller au rab, c'est pour ça.
Jack Bauer m'attendait dans la chambre de Cocotte-Minute. Cet enculé de Jack Bauer. Je dis "cet enculé", n'y voyez aucune taquinerie de ma part, mais le fait est que pendant ses quatorze années de taule, il s'était forgé la réputation de prendre trois douches par jour et de s'y laver surtout les pieds, si vous voyez ce que je veux dire… (si vous ne voyez pas, ben il se faisait enculer dans les douches, y'a pas d'autres mots !). On dit que si y'a que le train qui lui est pas passé dessus, c'est parce que la prison est mal desservie par la SNCF.


Jack Bauer était l'ennemi juré craché de Toni Wessmuller. Pendant toutes leurs années de service, ils se sont tirés la bourre. Ils ont courtisé les mêmes femmes, tué les mêmes flics et braqué les mêmes banques. Bauer était assis à une table, avec devant lui deux plateaux de jeu du Pendu. Bauer avait les bleus, le plateau des rouges était face à lui. Celui de Bauer montrait un pendu, il avait donc gagné une partie, c'est la règle qui dicte ça.
- Salut, enculé de Jack Bauer
- Salut, enculé de Pif Lechien.
Il devait dire ça par taquinerie, car j'ai jamais fait de taule et personne ne sait que j'ai fait du foot dans ma jeunesse.
- Alors comme ça on joue au Pendu ?
- Ça s'peut…
- Et on tue son petit camarade jeu ?
- Possible…
Le danger avec Jack Bauer, c'est qu'il a réponse à tout. La joute verbale s'annonçait des plus tirées à quatre couteaux.
- Et on aurait pas envie d'en faire une contre son ami Pif Lechien ?
- Faut voir…
La tension était à son compte, je voyais les gars du labo qui n'en menaient pas large devant un tel étalage de répartie.
- Ah ouais ?
- Ben ouais…
- Ah ouais ouais ?
- Ben ouais ouais…
Proche de l'apoplexie, Poireau profita de son évanouissement pour tomber dans les pommes. Moi-même je sentais que je commençais à sentir de sous les bras.
- Je te laisse choisir, tu prends quelle couleur ?
- Bleu.
- Alors non, c'est moi qui choisis. Je prends le rouge.
- OK, mais on va jouer avec les mêmes règles que pour ton ami Cocotte-Minute. On doit chacun découvrir un mot de 5 lettres. Et celui qui finit pendu finira pendu. Tu joues ?
- Faut voir…
- Je te laisse choisir le thème. Allez, dis oui !!
- C'est tentant… Ok, alors le thème sera "une partie de Pendu entre Pif Lechien qui a les rouges et Jack Bauer qui a les bleus". T'es toujours partant ?
- Faut voir…
- Allez, dis oui !!
- Ok, c'est parti.
Jack Bauer plaça ses lettres sur son chevalet. Moi de même, mais sur le mien. C'est la règle.
Bon, je vous passe les détails de la partie, mais à un moment donné on était tous les deux à une mauvaise réponse d'être pendu. Ça s'annonçait comme une sale affaire. C'était à moi de jouer et j'avais déjà trouvé P _ _ D U
- Alors Lechien, t'as qu'à dire au Pif !, qu'il éclata de rire
- Euh…
Son rire se mua en grimace à la con et il retourna une lettre. P E _ D U. C'était désormais du gâteau, d'autant qu'il en était à B A _ E R et que j'avais triché dans le choix de mon mot, qui ne respectait pas vraiment le thème, mais il n'en saurait jamais rien vu qu'il allait mourir, cet enculé ! Il réfléchit du front puis :
- Est-ce …
Ah le petit enculé ! Il m'avait eu dans les grandes largesses et venait de sauver sa peau.
B A S E R.
- A toi, Lechien. T'as pas le droit à l'erreur, maintenant !
- Tu me prends pour une saucisse ? Je propose le N.
Il éclata de rire, tourna la roue jusqu'à faire découvrir le pendu puis dévoila sa dernière lettre.
P E R D U.
- Et bien Lechien, tu sais lire, tu sais donc ce qu'il te reste à faire !
Bon joueur, je m'avouai vaincu.
- Ok Bauer, tu as gagné. Je me… PAN !
La balle vint se loger entre le genou et les yeux. En plein dans le foie. Il s'écroula par terre, comme une vieille chaussette molle. Il avait cru me la faire à l'envers ? A moi, Pif Lechien ? Des clous, oui !!
Tandis qu'il se vidait de son sang, Poireau lui vidait les poches. Il lui piqua sa petite monnaie et étudia sa carte d'identité.
- Bon sang, chef, c'était Jack Bauer !, ne m'apprit-il pas.
- Je sais, Poireau. Depuis le début je sais.
- Mais… comment ?
- C'est mon métier, mecton. Un jour peut-être tu seras balèze toi aussi.
Poireau m'admira en long, en large et de travers. Je le laissai à ses émotions et partis rejoindre ma proie du jour. Elle m'attendait, nue et offerte. Je lui fis le coup du pendu sur lequel elle vint accrocher son vison. Et tandis que j'étais pendu à ses lèvres, elle me demanda soudain si j'en avais pas un peu marre de résoudre des sales affaires. J'achevai de la faire jouir et lui avouai, sur le ton de la confidence :
- Tu as raison, il m'arrive parfois de ressentir la routine, ces histoires se terminent toujours de la même façon.
Et alors que je touchais l'orgasme du doigt, elle poussa un hurlement de plaisir qui partit se perdre par delà les toits, dans la nuit étoilée de Pontault-Combault.
La routine.

 

 

 


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commentaires

fragon 12/01/2011 21:08


Et tu dis, que tu caches ÇA dans les placards ???!!!!


Stipe 31/01/2011 13:38



si j'écriverais plus lisiblement, y'a longtemps que j'aurais scanné mes cahiers...



Mrs D 10/01/2011 15:08


"On dit que si y'a que le train qui lui est pas passé dessus, c'est parce que la prison est mal desservie par la SNCF."


Simplement fan.


Stipe 10/01/2011 22:14



je te le présenterai...



Tom 09/01/2011 18:06


Un rien énervant à exhiber ton talent avec l'indécence d'un fraîchement pendu. Repends-toi.


Stipe 10/01/2011 22:14



pends-pends cul-cul ?



poupoune 08/01/2011 12:07


fiou, j'ai bien cru que ça allait mal tourner cette fois... ouf. Quel suspense ! Quelle tension ! Quelle poilade !


Stipe 10/01/2011 19:13



quel suce-pend ?


tout de même, comme t'y vas, Poupoune !



Rudes rêves (poésies par Philippe Cougé) 06/01/2011 22:06


je me suis gondolé comme jamais !!!!!

y a du San antonio chez ce Lechien

et suis bien content pour cet enculé de Bauer


Stipe 10/01/2011 19:12



c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour me débarasser de lui.