Partager l'article ! Le conte du Père Vert et de la Mère d'Oye: Une fois, il était un homme à la barbe bleue, s ...
Une fois, il était un homme à la barbe bleue, si bleue que le ciel, la mer, les schtroumpfs et un steak bleu, en comparaison,
semblaient jaunes. C'est quand même pas rien.
L'homme s'appelait Barbe Bleue parce que son père avait trouvé une gourmette gravée "Barbe Bleue" et qu'il avait déclaré "si un
jour j'ai une fille, je l'appellerai Barbe Bleue" ; mais en voyant naître ce petit garçon à la barbe bleue il s'était exclamé "C'est quand même pas d'cul, voilà que j'ai un garçon alors
que Barbe Bleue c'est féminin !", puis il avait ajouté, avec un clin d'œil au public, "Tant pis, il sera pédé ! De toute façon faut au moins être pédé pour porter une
gourmette…"
(rires)
L'enfant mangea sa soupe et grandit, puis devint un homme. Non seulement il put se vanter d'une hétérosexualité inébranlable, même en
cachette sous la couette, mais surtout il se révéla être un fieffé queutard. Mais malencontreusement !, du fait de la couleur de sa barbe il faisait toujours fuir les filles et dut souvent avoir
recours à la force de persuasion pour assouvir ses pulsions sexistes.
Comme tous les hommes qui ont connu dans leur enfance l'humiliation de rentrer de l'école avec des mollards dans la barbe ou des
messages tels que "gros con" gravés au compas sur le front, il décida de se venger en embrassant la carrière politique. Et encore, c'est parce qu'il avait deux potes à lui pour la
tenir…
Toutefois, pour pas trop que ça se voit, il choisit d'être gentil socialiste.
Toutefois, parce que ça va bien cinq minutes les conneries, il choisit de se faire élire Roi de la Banque.
Barbe Bleue avait l'alcool festif. Aussi, un jour qu'il était plus imbibé que Bob l'Eponge en vacances en Normandie, il se conduisit
de manière si galante qu'une gourdasse tomba amoureuse de lui. Elle n'avait pourtant aucune raison d'aller coucher avec ce vieux dégueulasse : c'est lui qui était bourré au moment des faits, et
c'est elle qui était riche. C'est dire si elle était gourdasse.
Barbe Bleue, qui en plus du pouvoir avait désormais l'argent, n'avait pas pour autant renoncé à aller se tremper le biscuit dans tous
les dîners mondains.
Sa femme, toujours impeccable, propre sur elle, le visage tiré à quatre épingles, suscitait l'admiration de ses congénères. De
mémoire de bourgeois, on n'avait jamais vu cocue aussi magnifique.
Pour les besoins de son travail, Barbe Bleue devait souvent s'absenter en voyage d'affaires. Sa femme en profitait alors pour sécher,
reprendre son souffle, remettre ses cheveux en ordre et défroisser sa robe.
Avant de s'absenter longuement, il lui confiait toujours une clé.
"Cette clé ouvre la porte d'une penderie secrète, lui rappelait-il. Tu n'as surtout pas le droit d'y entrer, sous aucun prétexte. Si
jamais tu entrais dans cette penderie interdite et dont tu possèdes la clé en mon absence, alors il t'en cuirait un œuf sur le plat !". Elle mettait la clé dans sa poche, sous son mouchoir, avec
le reste. Et elle lui faisait coucou de la main pendant qu'il s'éloignait vers le portail.
De ses périples, Barbe Bleue ramenait toujours un petit souvenir à sa bonne femme : une chaude-pisse, une blenno ou une pension
alimentaire. Un truc qui gratte, quoi.
Les voyages d'affaires de Barbe Bleue consistaient à descendre à l'hôtel pour monter dans une chambre, faire son affaire, puis
étouffer celle-ci sous un matelas, de fric. A son retour au bled, il accrochait ses affaires dans la penderie secrète, même celles qui étaient déjà en cintres. Et il claquait la porte, souvent en
y coinçant un doigt de jugeote de sa femme.
Cette dernière, toujours aussi gourdasse, suscitait l'incompréhension de ses congénères.
"Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ?
- Et bien non, mais faut dire qu'il débarque toujours par derrière… Et puis sinon, si je regarde par là en direction de mon
bras, je vois le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie.
- Je crois surtout que tu te fourvoies !"
Poil au doigt.
Un jour, pourtant, Barbe Bleue faillit se faire gauler. Alors que comme à son habitude il avait fait usage de sa légendaire séduction
pour forcer un peu une gourdasse à tomber sous son charme naturel, celle-ci poussa des cris stridents, pire que si on s'était essuyé dans ses rideaux, et qui réveillèrent les voisins d'Amérique.
"Chémoniou ! Chémoniou !", gueulèrent ceux-ci, et on sait combien ils n'ont pas l'habitude de parler pour ne rien dire. Ils se fâchèrent vachement en fronçant les sourcils, lui administrèrent un
coup de règle sur les doigts, et baragouinèrent des conneries comme quoi un homme riche ne peut pas disposer comme bon lui semble d'une pauvre femme noire au seul prétexte qu'elle est femme et
pauvre et noire. Déjà que ça veut rien dire, mais alors dit en angliche, c'était vraiment du baragouinage. Les avocats de Barbe Bleue en firent d'ailleurs part au procureur : "What the fuck of
charabia ?", puis ils arguèrent du fait que c'était comme ça depuis la nuit des temps alors qu'il n'y a vraiment pas de quoi se relever la nuit pour rallumer la télé. Le procureur convoqua donc
la négresse et lui dit qu'elle l'avait quand même un peu allumé, avec son cul de négresse. Puis il la traita de négresse, et la laissa se barrer en Cadillac. Il s'excusa auprès de Barbe Bleue
pour la gêne occasionnée et lui assura espérer que ça ne l'avait pas mis en retard pour le dîner.
Barbe Bleue quitta la ville, en montrant son cul au hublot, et il reprit une vie normale, en montrant son cul aux
passants.
Au regard de cet épisode cocasse, les congénères de sa femme étaient passés de l'incompréhension légitime à la suspicion inévitable
:
"Anne, pauvre gourdasse, tu ne vois toujours rien venir ?
- Non, toujours rien…
- Et le gros tas d'emmerdements qui te sourit, les casseroles au cul, le dégoût que ça suscite, non, toujours pas ?
- Banon, toujours pas. Et même avec ma paire de lunettes Tchin-Tchin gratuite, je ne vois rien d'autre que le soleil qui
poudroie et l'herbe qui verdoie.
- T'as surtout la vue qui merdoie !"
Poils sous les ongles.
La clé de la penderie disparut un beau jour, et personne ne parvint jamais plus à en ouvrir la porte. Et aux gens qui se demandent
encore où est la moralité dans tout ça, on répond qu'elle demeure mystérieusement tapie derrière cette porte, quelque part au milieu des affaires de Barbe Bleue et de la dignité de sa
femme.
Si vous l'dites...