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Qui Ça?

  • : Stipe se laisse pousser le blog
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  • : Je m'étais juré sur la tête du premier venu que jamais, ô grand jamais je n'aurais mon propre blog. Dont acte. Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser des commentaires dithyrambiques ou sinon je tue un petit animal mignon.
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La cour des innocents

La Cour des Innocents - couv - vignette

Dates à venir

- samedi 2 août, en dédicace à la Librairie Montaigne (Bergerac) de 10h à 12h

- samedi 30 août, en dédicace à la Librairie du Hérisson (Egreville)

- dimanche 9 novembre, en dédicace au Grand Angle dans le cadre du salon Livres à Vous de Voiron.

17 septembre 2013 2 17 /09 /septembre /2013 10:37

 

 

Texte commis sans excuse valable, pas même celle du concours de circonstances.

 

 

 

 

 

 



Bon alors, qu'est-ce qu'elle branle, on va pas y passer la nuit…
 
-  Tu te remarieras, quand je serais morte ?
 
Ah ben si, on risque d'y passer la nuit…

Comme ça, hop, sans prévenir ? Je l'avais pas vu arriver, la soirée "Arrête ton sarcasme, je plaisante pas, on peut jamais parler sérieusement avec toi, j'ai besoin de savoir". Je sais pas ce que je lui ai fait, mais elle a apparemment envie de me le faire payer. Et de tirer la gueule pour rien.

Bon, gagner du temps…

-  Pourquoi tu demandes ça ?


-  J'ai besoin de savoir.


Trois secondes de gagnées.


Ok, je m'attendais à un marathon, ça va être un cent-dix mètres haies.

 

-  C'est une façon de m'annoncer  que t'as un cancer du sein ?

Première haie passée, garder le rythme, ne pas allonger la foulée.

-  J'ai besoin de savoir.

Coup de pistolet, faux départ, retour dans les starting-blocks.

-  Je dois répondre ce soir ou tu penses être encore vivante demain ?

Silence, moue dégoûtée, haussements d'épaules. Elle demande le ralenti, refuse le faux-départ, "I did not move !".

Se reconcentrer, rester dans sa course, ne pas regarder le couloir d'à côté.

Elle refuse de reprendre le départ, attend que la partie reprenne là où elle s'était arrêtée.

Penser à se désaltérer.

-  Ok… Je vais me chercher une bière. Tu veux quelque chose ?

-  Non.

Gagner du temps, prendre une bouteille au fond du frigo, remuer des ustensiles dans le tiroir.

-  T'as pas vu le décapsuleur ?

-  Dans le tiroir.

-  T'AS PAS VU LE DEC..

-  DANS LE TIROIR !

 

 

Bénéfice quasi nul. Il me reste :

  • aller chercher une autre bière. Gain estimé : trente secondes (je suis censé savoir où est le décapsuleur)

  • aller pisser (après les 2 bières) : quatre minutes.

  • bâiller : cinq secondes.

  • prétexter que j'ai entendu pleurer un des gosses : on n'a pas de gosses.


 Oui mais :

-  Je pense que je me remarierai, ne serait-ce que par rapport aux enfants.

-  Mais on n'a pas d'enfants.

-  Ah parce que tu comptes vraiment mourir dans moins de 9 mois ?

 

Hop, changement de discipline, renvoi aux vingt-deux. Si ça construit pas, ça débarrasse.

N'empêche que… Est-ce que je me remarierais ? Bonne question, tiens ! Enfin non, la seule question à se poser est "est-ce que je pourrais à nouveau tomber amoureux ?". C'est pire…

 
-  Admettons que je meure à cinquante ans, tu te remarierais ?

Cinquante c'est bâtard. C'est assez vieux pour avoir vécu. Suffisant pour être malheureux à vie, pour avoir partagé trop de choses et pour craindre (en tant que mâle) ne plus pouvoir bander assez pour appuyer les premiers mois d'une relation amoureuse sur l'osmose sexuelle. Mais c'est aussi trop jeune pour être veuf, pour abdiquer et abandonner l'idée de refaire le peu-qu'il-nous-reste à deux. Du coup, cinquante ans, je dis qu'il faut voir, ça mérite réflexion.

-  Alors ? Tu réfléchis au plan de table ?

-  Arrête ton sarcasme, on peut jamais parler sérieusement, avec toi…

Re-hop, pleine lucarne ! Popopo, quelle contre-attaque magistrale ! "Alors qu'on le croyait acculé à son but, voilà qu'en deux touches de balle il se projette vers l'avant et, d'une frappe imparable, crucifie le gardien qui ne s'attendait pas à pareille audace. Une action de bien grande classe, ma foi !". Il me prend l'envie de faire le tour du salon en courant, bras levés et mains s'agitant en l'air façon Giresse 82, puis de conclure par une glissade sur les genoux pour venir me planter devant elle, tête rejetée en arrière, bras en croix, le public scandant mon nom…

-  Vas-y, ne te gêne pas, fais-le ton tour d'honneur ! Cours autour de la table, crache-moi ton bonheur au visage. Et puis poste notre échange sur Facebook, tu crèves d'envie que tes amis likent ta répartie, t'auras sûrement même droit à un "mdr koman tu l'a dechirai".

Pfff, chiennasse, on verra bien quand on aura des gosses : dès que l'un deux sortira une phrase trop culte, trop percutante, trop il-est-intelligent-mon-fils, et que tu te précipiteras sur ton iPhone pour partager ça avec tes amis, avant même d'avoir pu la partager avec moi.

Si tu crois que je vais te compter un point sur ce coup-à, tu peux toujours courir sur le haricot !

-  C'est sûr que si c'est à cinquante ans et qu'un coup de foudre s'abat sur moi sans prévenir - parce que je sais que je ne ferai rien pour retomber amoureux - alors oui, la question se pose…

-  Mais tu resterais amoureux de moi éternellement ? Tu considérerais ta nouvelle conquête comme ma remplaçante, tu serais amoureux d'elle par défaut ?

Purée de purée, je suis pas nécrophile, crois pas que je vais aller me masturber sur ta tombe. Probablement que oui, que je la prendrais comme une liaison au rabais, que je considèrerais cette fille comme un substitut, une assistante de vie sentimentale pour m'accompagner jusqu'à ma propre mort. Mais je ne peux pas répondre ça, ce serait lui laisser à penser que je peux être amoureux sans vraiment être amoureux, que je peux me marier avec une fille tout en lui préférant sa prédécesseure. C'est tendre le bâton pour me le faire mettre dans les roues.

Attention, se la jouer finaude. Lui lancer la baballe le temps d'échafauder une réponse philosophique. Ou de mauvaise foi.

Plutôt de mauvaise foi.

-  Je suppose que toi tu préfèrerais que je me remarie, que tu m'interdis de garder le chagrin le restant de ma vie, que j'ai le devoir de ne pas me gâcher, que mon corps est fait pour être aimé, chéri. Et puis c'est tout bénèf pour toi, comme ça si je meure en premier tu peux te remarier sans vergogne, puisque c'est ce que j'aurais fait dans la situation contraire…

Allez, va chercher ! Bonne chance, c'est une balle rebondissante, à trajectoire variable, elle peut revenir te cogner la truffe à n'importe quel moment.

Bon, j'ai le temps pour une autre bière.

-  Tu veux toujours rien dans la cuisine ?

-  Non merci.

Houla, ça descend vite les bières ! On l'a acheté quand, ce pack ? Sûrement samedi, c'est le samedi qu'on achète des bières. Donc y'a quatre jours. Ah oui, quand même ! Un pack de vingt-quatre, en plus ! J'espère qu'elle en boit quand je suis absent.

-  En fait je veux bien du chocolat.

-  Tu pouvais pas le dire quand je te l'ai demandé ?

-  Quand tu me l'as demandé, j'en voulais pas. Là j'ai envie. On n'a pas le droit de changer d'avis ?

-  Si, mais on a aussi le droit de le faire quand je suis debout.

On n'a pas le droit de changer d'avis, c'est quoi cette question pourrie ? Ça commence à sentir la mauvaise foi, la victimisation et les accusations gratuites. Qu'est-ce qu'elle va me sortir encore comme pirouette ? Purée de merde, mais qu'ai-je fait pour mériter ça ?

-  Moi je ne me remarierais pas, parce que je sais que je serais plus heureuse seule. Mais toi, je sais que tu serais plus heureux en te remariant. Et tu as raison, je te demande de te remarier quand je serai morte. Tu n'as pas le droit de ne pas le faire.

-  Alors toi tu n'as pas le droit de mourir avant d'avoir quatre-vingts ans.

-  Soixante-dix.

-  Quatre-vingts.

-  Je vais me coucher, tu me rejoins ?

-  J'arrive…

Et voilà, tout ça pour ça. Je sais que ça va cogiter dur, que chacune de mes réponses va être analysée à froid, passée au révélateur de la nuit porteuse de conseils, je sais que tout ce que j'ai dit ce soir sera retenu contre moi et utilisé comme arme d'attaque bien plus tard.

En attendant c'est encore une partie qu'elle ne terminera pas. Comme par hasard, encore une partie que je gagnais.

Bon, fais voir son chevalet, qu'est-ce qu'elle avait comme jeu ? VOITURE, scrabble qu'elle aurait pu placer sur le compte triple… si je ne lui avais pas pris la place avec mon SOLEX. Bon, ça me rassure, je comprends mieux ce qu'elle avait à me reprocher et pourquoi elle était contrariée.

J'ai pas à m'en vouloir, elle n'aurait sûrement pas pu mettre son mot même si je lui avais laissé la place : elle n'a jamais su faire un créneau.

 

 

 

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Published by Stipe - dans Nouvelles
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