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Qui Ça?

  • : Stipe se laisse pousser le blog
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  • : Je m'étais juré sur la tête du premier venu que jamais, ô grand jamais je n'aurais mon propre blog. Dont acte. Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser des commentaires dithyrambiques ou sinon je tue un petit animal mignon.
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La cour des innocents

La Cour des Innocents - couv - vignette

Dates à venir

- samedi 2 août, en dédicace à la Librairie Montaigne (Bergerac) de 10h à 12h

- samedi 30 août, en dédicace à la Librairie du Hérisson (Egreville)

- dimanche 9 novembre, en dédicace au Grand Angle dans le cadre du salon Livres à Vous de Voiron.

20 septembre 2013 5 20 /09 /septembre /2013 09:28

 

 

Encore un concours, avec des airs de défi littéraire kikoolol.

La consigne :
"Ecrire une nouvelle utilisant une expression figurée contenant une partie du corps, quelle qu’elle soit, qui devra être prise dans son sens le plus littéral. Ainsi il peut être question de quelqu’un qui a réellement la tête à l’envers, mais aussi pourquoi pas le cœur sur la main, un pied dans la tombe… tout cela à la fois ou d’autres encore !"


Alors forcément, quand on est taquin on essaie d'en caser un maximum...

 

 


 

 

 

A l'origine étaient une dizaine de primates de tous sexes, mais principalement deux. Ils passaient leur temps de parole à se singer, se chercher des poux, se crêper le chignon en se mettant des bâtons dans les roux, se jeter des peaux de banane, … On se serait cru à la Foire du Trône, et c'était d'ailleurs le cas.
Tous leurs discours se valaient, et expliquaient en substance que, parce que c'était  pire avant, ça ne serait pas mieux demain. Les plus optimistes clamaient qu'on en serait bientôt réduits à se manger entre nous. Les pessimistes pensaient qu'il n'y en aurait même pas assez pour tout le monde.
Les électeurs, eux, tergiversaient. Valait-il mieux voter pour l'austérité ou opter pour la rigueur ? Il était acquis que le pays était en train de prendre l'eau, il fallait donc choisir, parmi les candidats, celui qui offrait le meilleur profil de baudruche, celui qui  fluctuait sans mergiturer.

C'est finalement à l'issue d'un concours de bras de fer, comme le stipulait la Nouvelle Constitution décidée la veille, que furent désignés les deux finalistes : un ancien métallurgiste boiteux (à cause d'un cheville ouvrière) représenterait les idées des gauches, tandis qu'un homme d'à-fer au bras long porterait les opinions des mal-à-droite. Et c'était reparti pour deux semaines de battage de campagne et de rebattage d'oreilles…
Cette Nouvelle Constitution avait bazardé toute notion de vote, au prétexte que les électeurs sont des crétins. Ce qui n'est pas totalement dénué de sens, puisqu'on a tous dans notre entourage des gens qui sont bas du front, et qui pourtant votent. Ah, si tout le monde était comme nous… Mais il y a "nous", et il y a "on". Et "on" est un con (article B-14 de la Nouvelle Constitution). Les officiels en étaient arrivés à une telle conclusion en constatant le fait suivant : lors des précédentes élections, parmi les gens qui avaient donné leur suffrage pour celui qui devenait par la suite Président, une grande majorité d'entre eux regrettaient rapidement leur choix. C'est dire si "on" est crétin.
Ainsi, les gens continuaient à exprimer leur avis, mais cela n'avait que valeur de sondage. Ce qui ne changeait finalement pas grand-chose au problème, puisque nous savons tous que les sondages nous mentent. Les sondages "nous" mentent, mais "on" ne peut pas s'empêcher de les commenter malgré tout…
Afin d'inciter les gens à exprimer massivement leur opinion, et ainsi montrer au reste du Monde que nous sommes une terre de démocratie, un système de paris avait était instauré. On s'aperçut alors que les gens votaient non plus en fonction de leurs propres opinions, mais en fonction des opinions qu'ils supposaient des autres. Les "autres" qui, eux-mêmes, ces crétins, s'exprimaient par rapport aux idées qu'ils nous prêtaient. Preuve qu'ils sont crétins, et qu'"on" ne vaut pas mieux qu'un "autre". Désormais, on votait comme on parie sur un bourricot dans la sixième au Prix de la République…
Parmi les deux candidats restant en course, c'est donc à pique-nique-douille que fut désignée l'andouille qui ferait office de Président pour le prochain septennat de cinq ans.

Ce Nouveau-Président n'eut pas vraiment le temps de se réjouir. Tout d'abord parce qu'il avait perdu beaucoup d'argent en misant sur son concurrent (persuadé, comme tout un chacun, que c'était l'autre qui était l'andouille), mais surtout parce qu'il devenait le malheureux gérant de la crise-sans-précédent. La crise-sans-précédent était un terme inventé par les journalistes pour désigner la pire crise financière que l'on ait connue depuis la dernière crise-sans-précédent en date. En plus de sa photo dans la mairie et d'un appartement meublé rue de l'Elysée, le Nouveau-Président avait donc hérité d'une splendide mauvaise gestion des gouvernements précédents, tous les gouvernements précédents sans exception, sauf ceux de son parti. 
La monnaie locale ne valait plus grand-chose, et c'est peu. Surtout que dans le même temps, tout augmentait, surtout l'inflation. Ce qui auparavant coûtait un bras, valait aujourd'hui un rein. En matière de santé, par exemple, une simple visite chez l'oculiste coutait les yeux de la tête. Et inutile, pour celui qui avait à peine de quoi se caler une dent creuse, d'espérer se soigner une carie : les frais de bouche risquaient de lui rester en travers de la gorge.
Si l'ancien Nouveau-Président avait prôné la valeur des heures supplémentaires comme remède à la sinistrose ("Pendant qu'ils sont au turbin, les pauvres bougres n'ont pas le temps de penser à leur triste condition"), le nouveau Nouveau-Président  clamait que pour survivre dans cette crise-sans-précédent, il allait falloir donner de soi. L'ancien voulait que l'on ait la tête au travail, le nouveau conseillait d'avoir la tête de l'emploi. Gagner sa vie à la sueur de son front, dont le litre se négociait à peine plus cher que la roupie de sansonnet. Ceux qui comptaient parmi les improductifs, ces salauds de fainéants, n'avaient plus qu'à vendre le poil qu'ils ont dans la main. Les cadres supérieurs, victimes perpétuelles du stress au travail, négociaient avec les imprimeurs de bonnes raisons de se faire un sang d'encre. Chacun en était réduit à exercer le plus vieux métier du monde : faire commerce de son corps. Et si toutefois vous refusiez ce nouveau système commercial, vous pouviez toujours vous tirer les vers du nez et partir à la pêche.

Petit à petit, ce nouveau commerce s'avéra très lucratif pour ceux qui savaient en tirer parties. Ainsi, celui qui avait le bras long ou le pied lourd n'y allait pas de main morte sur les tarifs. Les bons négociateurs coupaient les cheveux en quatre pour quadrupler les recettes. Les vantards avaient les chevilles qui enflent, ils pouvaient ainsi gonfler les prix. Le maquignon cupide prenait l'estomac dans l'étalon, pour le revendre au mètre.
Afin de tirer le meilleur de chacun, de nouveaux métiers étaient apparus : le coupe-gorge, le tord-boyaux, le cache-nez, le vire-langue, l'arracheur de dents, le crève-cœur, le cale-pied, ou encore le casse-tête. Les curés exerçaient  désormais des professions de foie, ce qui leur permettait de remplir les troncs. La convoitise poussa les voleurs à piquer du nez ou à tirer la langue. Mais la peine de mort était encore de rigueur, et les brigands avaient intérêts à être sûrs de leur cou s'ils voulaient garder la tête sur les épaules.
Tous ces échanges d'organes avaient fini par générer des monstres difformes. Les plus pauvres, dépouillés de leurs membres, étaient devenus des légumes : il n'était pas rare de rencontrer un nécessiteux avec une tête d'ail ou un cœur d'artichaut. Et même si vous aviez des poignets d'oseilles, vous n'étiez pas riche pour autant : tout au mieux, cela vous permettait de faire la soupe à la grimace…

Plus que tous les autres, un homme avait su tirer profit de cette nouvelle forme de commerce, et avait fait fortune grâce au jeu. Il écumait les concours de poker déshabilleur, où nombre de ses adversaires y laissèrent leur peau. Ceux qui n'avaient pas de mise finissaient à poil. Quelques audacieux tentaient de jeter un œil, pour voir. D'autres proposaient un joli jeu de jambes. Mais irrémédiablement, notre homme surenchérissait par une quinte de toux, vous promettait la lune, et vous laissait cul par-dessus tête, sans dessous dessus, tout nu.

On avait banni l'argent, mais grâce au jeu, voici un homme qui avait réussi à se faire une paire. En or.

 

 

 

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Published by Stipe - dans Nouvelles
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