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Qui Ça?

  • : Stipe se laisse pousser le blog
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  • : Je m'étais juré sur la tête du premier venu que jamais, ô grand jamais je n'aurais mon propre blog. Dont acte. Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser des commentaires dithyrambiques ou sinon je tue un petit animal mignon.
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La cour des innocents

La Cour des Innocents - couv - vignette

Dates à venir

- samedi 2 août, en dédicace à la Librairie Montaigne (Bergerac) de 10h à 12h

- samedi 30 août, en dédicace à la Librairie du Hérisson (Egreville)

- dimanche 9 novembre, en dédicace au Grand Angle dans le cadre du salon Livres à Vous de Voiron.

5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 11:56

 

 

Ahhhhh, la fête de l'école. Ô joie, ô festivités, ô chants, sarabandes, farandoles et tambourins !
Mon cul, oui ! On s'y emmerde comme au mariage d'un cousin de banlieue, on y boit de la mousse tiède (1€ le gobelet, merci bien, y'en a pour plus cher de plastique que de bière), on y mange des gâteaux cramés et des frites molles, on y croise des parents tous plus tartignolles les uns que les autres ("Ahhh, c'est le fameux Théolasque ! C'est votre fils ? Vous savez, j'en entends souvent parler à la maison ! - Merci, c'est vrai qu'il est remarquable… Et le vôtre, c'est comment ? Matthéo ?? Ah oui, attendez, c'est pas lui qui avait fait caca dans sa culotte en début d'année ? Et alors comment ça va, maintenant ? Il arrive à maîtriser son sphincter ou il se fait toujours dessus en classe ? UNE AUTRE QUESTION, MADAME LA MAMAN DE MATTHEO ??"), on y rencontre des pétasses d'instits fières de l'organisation de leur fêfête ("Cette année, les enfants ont choisi de vous présenter un spectacle autour du printemps !". Ah oui, vraiment, ils ont choisi ? Vous leur avez demandé quel thème les branchait, et à l'unanimité ils ont répondu "cette année, nous souhaiterions vivement aborder la thématique du printemps". Vraiment ? Et s'ils avaient répondu "le kung-fu" ou "Dora l'Exploratrice", vous auriez été fières ? Vraiment ?), …


Bref, pour récompenser le bon travail de leurs enfants, on punit collectivement les parents.
Non mais sans rire, regardez-les, vos gosses, tout dépareillés dans leur costume de gala ("les enfants devront tous porter un t-shirt vert", mais y'a autant de verts que de gosses !), chanter faux et fort, oublier les paroles, faire coucou à papa qui filme avec son téléphone portable ("fais coucou, c'est pour envoyer à mamie, ça lui fera plaisir à mamie"), s'agiter en tous sens et foirer leur chorégraphie (t'as vraiment cru que quand t'allais frapper dans les mains, ils allaient tous s'arrêter et s'agenouiller simultanément ? Vraiment ?). Toute une année scolaire pour ça ? Mais bonjour l'arnaque, remboursez nos tickets de tombolas, salauds de syndiqués !!

 

 

Nonobstant, s'il y a bien un truc qui justifie de louper l'apéro et de se fader toutes ces têtes de cons (ainsi que leurs parents et leurs instits…), c'est bien les fameux "stands". Car oui, sous l'intitulé pompeux de "fête de l'école" se cache, tout en lettres clignotantes et langues de belles-mères, le bien moins noble mot "kermesse". Ahhhhh, la kermesse ! Là d'accord, je dis d'accord. Je dis "ah ben si c'est kermesse, c'est plus pareil !". Je dis "fallait le dire tout de suite, au lieu de nous parler t-shirt vert et faire un gâteau !". Je dis "du coup, allons-y gaiment !". Car, si certains auront remarqué l'homophonie entre "la kermesse" et "sac Hermès", autant leur dire, à ceux-là, qu'il est plutôt question de cacophonie entre les deux mots, mais alors quelque chose de verni mignon !!

Pour commencer, on va aller récupérer ses gosses que nous avions laissés, à la fin de l'épisode précédent, brailler et claudiquer dans le numéro crânement intitulé "spectacle de la chorale de l'école". Ben voyons… Ça ressemblait surtout à "Règlements de comptes à hoquet-chorale", cette affaire, mais c'est des gosses, c'est les nôtres, c'est mignon, on est ému.
Donc on récupère les pénibles à la sortie des vestiaires, en bousculant les autres parents (quitte à mettre deux-trois béquilles au passage), histoire de se radiner les premiers au chamboule-tout, et s'éviter ainsi les 25 mètres de queue dans laquelle, ça ne manque jamais, certains parents tuent le temps (alors qu'ils ont leurs gosses sous la main) en vous adressant la parole, comme si on avait vidé les poissons ensemble.
"Vous faites la queue pour le chamboule-tout ?
- (En fait, je m'entraîne à rester debout en plein soleil le plus longtemps possible, car j'adore rester debout en plein soleil le plus longtemps possible). Oui.
- C'est dingue ça, moi aussi ! On devient amis Facebook ?"
Ainsi, pour ne pas risquer de nouvelles amitiés, on court en tirant le gosse par le bras ("Papa, j'ai soif ! - Ben t'as qu'à boire ta salive. Et magne, ou on va encore nous parler !"), et lorsqu'on arrive au chamboule-tout, il y a déjà 50 mètres de queue. Bon sang, mais ils sortent d'où, tous ces gosses ? Ils ont campé ici ? C'est le reste de la queue de l'an passé ? C'est des figurants payés pour nous faire chier ? En plus, y'en a qui sont même pas passés par les vestiaires, ah nan mais trop fastoche dans ces cas-là !! "Hé ho, Maîtresse, y'a encore des t-shirts verts, c'est de la triche, faut les punir !".
On se tape donc l'épreuve du discutage avec parents d'un tiers ("Ahhh, c'est le fameux Théolasque ! C'est votre fils ? Vous savez, j'en entends souvent parler à la maison ! - Merci, c'est vrai qu'il est remarquable… Et le vôtre, c'est sûrement ce gosse transparent dont je n'entends jamais parler à la maison ?"), puis arrive un jour où c'est le tour de votre gosse. Le mien, je l'ai bien briefé pour qu'il dégomme toutes les boites : avec les deux premières chaussettes roulées en boule, il faut viser les yeux du papa de Thiméo qui tient le stand. Une fois qu'on lui a baissé les stores, le gosse lance la dernière chaussette n'importe où pendant que je vais dégommer à la main le tas de conserves. Parce que quand on a tout abattu, on gagne un point, sinon on a juste droit à un bonbon ou un ballon, mais c'est nul, ça gâte les dents pour l'un et ça nique l'œsophage pour l'autre, parce que moi je les connais leurs ballons à deux sous, ils sont impossibles à gonfler sans y laisser un poumon dans l'affaire et
"Vous avez un ticket ?
- Avec qui ?
- Pour jouer, il faut un ticket.
- Quoi un ticket ?
- C'est obligé, pour jouer, il faut un ticket.
- QUOI UN TICKET ??"
Pour jouer, il faut un ticket. C'est la règle à la fête de l'école (tu parles, en fait c'est une kermesse !). Ça veut dire que pour participer à n'importe quel stand, il faut d'abord acheter ses tickets à un AUTRE stand. Et effectivement, de l'autre côté de la cour, au bout d'une queue de 6 kilomètres, il y a une table avec un écriteau "Caisse". Et ils pouvaient pas le dire, ces bourricots-là ? Ils pouvaient pas préciser ""les enfants devront tous porter un t-shirt vert et il faudra d'abord passer au stand avec l'écriteau "Caisse" pour accéder au chamboule-tout" ? Hein, ils pouvaient pas ? Feignants de socialistes, tout ça…
Et comment ils ont fait, tous ces gosses, pour être devant nous au chamboule-tout alors qu'ils étaient en plus passés au stand "Caisse" avant ? Hein, expliquez-moi ! Je comprends alors que le grand barbu qui me précédait dans la queue, avec son short Cars et sa casquette à hélice, est en fait un CE1 qui a redoublé 8 fois pour pouvoir jouer au chamboule-tout…
On se retrouve donc à faire la queue pour acheter les tickets qu'on nous avait même pas prévenu de les acheter, avec le gosse accroché au short qui vous demande pourquoi on n'a pas eu le droit de lancer les chaussettes dans la tête du papa de Thiméo, qui vous demande si vous pouvez aussi acheter des tickets pour son copain Thimothé ("Allez, dis, tu peux lui acheter des tickets, son papa et sa maman sont morts. - Et alors, c'est pas ça qui va lui ramener ses parents"), qui vous demande pourquoi on les a pas achetés avant de passer au chamboule-tout ("t'as déjà entendu parler de maltraitance, p'tit con ?"). On se tape l'épreuve de discutage avec parents d'un tiers ("Ah ah ah, vous aussi vous avez fait la queue au chamboule-tout pour rien ? - T'as déjà entendu parler de mon poing dans ta gueule, grand con ?"). Et y'a bien un moment où vous parvenez à acheter vos tickets, à dégommer les yeux du bonhomme et les boites, et ça vous fait un point.


"Bon, il reste 9 tickets, t'as intérêt à pas me ramener 9 ballons, parce que j'ai pas 9 poumons. Tu veux faire quoi, maintenant ?
- Course en sac !
- T'es sûr ? J'ai pas pris ta ventoline, tu risque de me foutre la honte.
- COURSE EN SAC !"
Là, la technique, c'est de choisir un adversaire nul. Pas lui, il est noir, il doit être fort en sport. Tiens, le petit rouquin cacochyme, le sac lui arrive au-dessus des yeux, ce sera parfait ! Et hop, ça fait deux points ! Bon, le gosse se gratte à cause des doryphores qui peuplaient le sac à patates, et ben il se grattera les croûtes, pendant ce temps-là il mettra pas ses doigts dans son nez !

Stand suivant : tir à la corde. Là, impossible de choisir son adversaire, c'est le papa de service qui décide pour vous. Mon gosse n'a aucune chance, il pèse 25 kilos sur la pointe des pieds, il a des croûtes, et j'ai pas eu le temps de lui lester les poches de parpaings. Technique pour le tir à la corde : "Au début tu résistes. Puis tu relâches un peu, tu le laisses gagner du terrain. L'autre va trouver ça fastoche. Il va s'enflammer, perdre sa concentration, se voir trop beau. Tu t'avoues déjà vaincu, mais à un mètre de la ligne, tu tires un coup sec. L'autre, surpris, lâche la corde et est disqualifié. Il saigne des mains, et repart avec un bonbon."
La joute commence, on entend d'un côté les copains de Théolasque gueuler : "Allez Théolasque, allez Théolasque!". De l'autre côté, les copains de Matabio hurler "Allez Matabio, allez Matabio !". Et couvrant tous ces piaillements, le papa de Théolasque : "NIQUE-LE, NIQUE-LE !!". Le gosse fait comme on avait dit, Matabio se retrouve le nez dans la poussière et un mollard dans les cheveux ("Non, c'est pas moi!"). Ça fait trois points.

"Tu veux faire quoi, maintenant ?
- Maquillage !
- T'es con ou quoi, y'a rien à gagner !
- Maquillage !!!
- Ecoute, tu restes une heure en plein soleil sans ta casquette, je te fais des points noirs sur le visage au stylo-feutre, et t'es maquillé en jolie coccinelle ! Mais on va pas donner un ticket pour ça ! Allez viens, on va au stand là-bas, faut abattre des animaux. Ou celui-ci, faut taper de toutes ses forces sur un truc pour l'exploser. On essaie de retrouver le rouquin et tu lui mets sa honte, d'accord ?
- MAQUILLAGE !!!"
Maquillage, donc. On se demande bien pourquoi on a négocié, puisqu'on savait dès le début de la fête que notre gosse rentrerait à la maison avec des moustaches de chat (ou n'importe quel gribouillis rappelant vaguement son super-héros préféré) peinturlurées sur la tronche.
Vous traînez donc derrière vous un Spiderman (enfin bon, c'est vite dit. Il serait resté en plein soleil avec le tamis d'une raquette de tennis devant le visage, ça aurait donné le même résultat, mais on ne m'écoute jamais…) qui se gratte les genoux et le visage, qui a soif, qui a faim, et qui en a marre. Et il ne reste désormais plus que trois types de stands :
- les stands à la con où on ne gagne rien,
- les stands à la con où on peut gagner des points, sauf votre gosse. Exemple : le jeu où on doit répondre à des questions. Non seulement votre gosse n'est pas un fayot de premier de la classe, donc il est hors de question qu'il s'abaisse à aller à un stand de bigleux à lunettes. Mais surtout, faire des heures supps pour répondre à des questions de grammaire, ça me ferait bien mal, surtout qu'il reste
- le chamboule-tout.

De toute façon, à ce moment avancé de la fête de l'école (la kermesse, j'en démords pas) il n'y a plus aucune règle sur plus aucun stand. C'est l'anarchie, les gosses dégomment les conserves à coups de barres à mine, c'est les parents qui s'affrontent au tir à la corde, et les sacs sont tellement élimés que l'épreuve s'est transformée en course avec un short en peau de sac à patates. On grappille donc quelques points par-ci par-là, et on consacre le dernier ticket au château gonflable, duquel votre enfant ressortira avec un cocard conséquent à un coup de genou accidentel (les autres gosses lui porteront le plus grand respect, pensant qu'il a eu droit de tenir le chamboule-tout) et repartira avec deux sandales différentes, dont aucune à lui.
On peut alors se diriger vers le tout dernier stand, celui de remise des lots. Pour 5 points on peut avoir :
- un cerf-volant constitué de deux piques à brochette en bois pour l'armature, un pochon pour la toile, 20 centimètres de ficelle.
- un flacon de bulles de savon que le gosse renversera en ouvrant. Il pourra se consoler avec le labyrinthe à la con sur le bouchon.
- un bonbon.
La ficelle se brisera ("Je t'avais dit d'attendre qu'on soit à la maison pour l'ouvrir, alors maintenant viens pas te plaindre !"), le cerf-volant ira rejoindre dans la gouttière du préau une demi-douzaine de ballons de foot et une vingtaine de baskets utilisées pour déloger la demi-douzaine de ballons de foot.
Le tout dernier jeu, il est pour les parents, et il consiste à regagner la sortie en courant avant d'être réquisitionné pour aider à ranger tout le bordel.

 


Le lendemain, on remet ça avec la "fête de fin d'année du judo". On doit apporter un gâteau. Je suis très mauvais pâtissier, alors je vais aller à Super U acheter un gâteau que je passerai 40 minutes au four, histoire de le cramer et de faire croire que c'est moi qui l'ai fait…

 

 

 

 

 

 

course-en-sac-1956.jpg

Course en sac des CE1 de Madame Berthelier.

Ils n'avaient pas acheté leurs tickets avant.

 

 

 

 

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Published by Stipe - dans Humeur
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commentaires

Acidule 29/06/2014 11:54

Fabien, tellement pertinent et tellement drôle !

Fragon 31/10/2012 19:41

Pourquoi j'avais pas lu ce texte moi ? Pfttt t'ecris vraiment bien ..et c'est tellement drôle.. !..

Stipe 05/11/2012 16:49



héhé, t'étais encore en vacances !


 


merci bien. Mais quand le matérieau est bon, il est plus facile de le travailler...



Polo pour hommes 08/08/2012 17:20

Joli texte, plein d'humour et réaliste. Ahlala, ces kermesses... Que de souvenirs. J'aime bien l'anecdote du gâteau cramé, ça me rappelle quelque chose...

Stipe 08/08/2012 17:30



merci !


effectivement, y'a rien de romancé dans ce texte. Tout a été vérifié en présence d'un huissier.



sophie 05/07/2012 14:27

les années passent, pas les kermesses... vu ton compte rendu hyper réaliste qui m'a ramenée aux dizaines de kermesses endurées et multipliées par 2 de surcroît, (les salauds) rien n'a évolué dans
ce domaine non plus.... ha la la, ça manquait de ne pas te lire aussi régulièrement qu'antan, tu es bon pour les devoirs de vacances, pour la peine.... merci à toi pour le fou rire qui dure le
temps de la lecture, et rappelle bien à tes gosses quelle chance ils ont d'avoir un papa qui n'hésite même pas à ruiner leur future réputation dès la rentrée prochaine auprès des
socialo-instit'..... (hoquet-chorale va rester longtemps dans mon esprit tout chamboulé...))

Stipe 06/07/2012 10:37



moi j'ai de la chance, les 2 miens sont dans la même école. Du coup je divise par deux le nombre de kermesses (et le nombre de mètres de files d'attente). Et pour le t-shirt vert, ils l'enfilent
à tour de rôle...



poupoune 05/07/2012 13:44

Où l'on découvre que 1) tu existes toujours, 2) tu as échappé au cadeau pour la maîtresse, auquel tu n'avais même pas pensé toi-même mais que finalement c'est toi qui dois courir l'acheter, parce
que tous les parents mieux attentionnés que toi, eux, y ont pensé, mais n'ont absolument pas le temps de s'en occuper.
Sinon, il a dû y avoir une directive de l'éducation nationale, parce que nous aussi, c'était tee-shirt vert et naissance d'une fleur...

Stipe 06/07/2012 10:28



ah ouais, "naissance d'une fleur", carrément. C'est déjà plus technique...


Nous à la campagne, quand on fait le thème du printemps, c'est plutôt "épandage du fumier".